L’utilisation des symboles dans American Beauty 2/4
Par Nathalie Lenoir,
jeudi 2 juin 2005 à 09:36 -
Reportages : Analyses films
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American Beauty met en scène des personnages aliénés par leur quotidien morne, par leurs désirs réprimés. Si le scénario d’Allan Ball est un véritable joyau en matière de caractérisation, l’image le met en relief, le transcende et fait entrer le spectateur dans l’âme de chacun des personnages principaux. Pour cela, le réalisateur Sam Mendes a utilisé un large éventail de symboles qui véhiculent le propos du film d’une façon subtile et efficace.
L’utilisation des couleurs
Dans American Beauty, il est question d’enfermement, de solitude. De nombreux décors soulignent la misère affective des personnages. La plupart des décors du films sont dominés par des couleurs froides : lLes décors : teintes froidese blanc et le bleu sont les plus usitées, souvent en binômes, viennent ensuite toute une palette de gris et de beiges, de couleurs neutres. Il faut toutefois noter que, si les thèmes abordés sont graves, il y a y très peu de couleurs sombres à l’image, sans doute parce que le message du film se veut humaniste, spirituel et somme toute encourageant : le spectateur suit toute l’histoire d’un point de vue céleste, il a un certain recul vis à vis de la souffrance dont il va être témoin.
Dans la maison des Burnham, toutes les pièces sont décorées dans des couleurs claires : blanc, bleu, gris… Seule la chambre de Jane est tapissée de couleurs chaudes, cette pièce est comme le cœur battant de la maison. On comprendra à la fin du film que l’adolescente est la seule touche d’espoir au sein de sa famille, pour elle, il n’est pas encore trop tard.
Dans les locaux du journal qui emploie Lester au début du film, c’est le gris et le bleu qui règnent. L’espace est immense et glacial, c’est encore plus flagrant dans le bureau du superviseur : Lester semble minuscule devant le grand mur clair.
Si cette palette froide et lumineuse est particulièrement exploitée dans le film, c’est aussi pour mettre en relief la véritable « star » du film : la couleur rouge.
Le rouge, c’est le désir, la passion, le sexe, la pulsion de vie. C’est l’illustration de ce que recherche Lester tout au long du film : la beauté, la passion.
Aussi bizarre que cela puisse paraître, le rouge apparaît dans le film avec Carolyn Burnham.
La première fois qu’on la voit, elle coupe des roses rouges, c’est évidemment un puissant symbole de castration. C’est l’image qui représente son personnage : elle contrôle et réfrène la passion, elle veut tout dominer dans son existence et dans celle de ses proches. Carolyn règne en tyran sur sa famille : cela s’exprime particulièrement dans la décoration de la maison : tout est froid, très stylé, aseptisé. Par contre, elle cultive des roses rouges et en compose des bouquets parfaitement ronds qu’elle dispose dans chaque pièce de la maison. On en trouve sur chaque table, chaque console, sur les tables de nuit. Cela symbolise l’amour qu’elle éprouve au fond d’elle-même pour ses proches, sentiment qui l’effraie parce qu’il peut potentiellement la faire souffrir et qu’elle tente donc de canaliser, de contrôler. Carolyn porte souvent des vêtements rouges, elle peint ses lèvres et ses ongles de cette même couleur. Dans la scène du grand ménage, sa nuisette est rouge. C’est une femme pleine d’énergie mais sa névrose transforme toute cette force en énergie négative : stress, irritabilité, frénésie. Sur les pancartes publicitaires de Carolyn (qui est agent immobilier), il y a une maison blanche et bleue avec une porte rouge, comme la propre demeure des Burnham. Les pancartes immobilières de Buddy Kane, son principal concurrent, sont intégralement rouges ; la réussite professionnelle et sociale, la puissance qu’il représente sont l’objet du désir de Carolyn. Quand elle se rend au motel avec son amant, la couverture et la lampe sont rouges.
A la fin du film, depuis sa voiture, Carolyn fixe la porte rouge de sa demeure, seule touche écarlate sur la triste façade blanche, balayée par la pluie, et hésite longuement avant de rentrer.
Lester est frustré sexuellement, tout ce qu’il désire se manifeste par la couleur rouge. En particulier la rose. Cette fleur représente la bipolarité de la sexualité, la dissémination (par son pollen). Carolyn domine, apprivoise, castre les fleurs : elle les coupe au sécateur et les dispose savamment dans des vases (autre symbole sexuel : la matrice, le vagin). Dans les fantasmes de Lester, Angela est toujours accompagnée de pétales de roses rouges qui sortent de son corsage, volent librement autour d’elle, qu’elle dissémine au vent, dans lesquelles elle se couche ou se baigne voluptueusement. Quand Lester rêve qu’il embrasse l’adolescente, un pétale sort de sa bouche : c’est la sensualité à l’état pur. Dans ses rêveries, Lester voit les pétales se libérer comme il désire lui-même le faire : c’est l’image d’une libido totalement libre, sauvage, instinctive.
A la fin du film, quand Lester approche enfin l’objet de son désir, qu’il est sur le point de posséder Angela, il y a un vase de roses rouges entre eux deux. Au fur et à mesure qu’ils se rapprochent, le bouquet disparaît du champ : symboliquement, l’influence de Carolyn disparaît totalement de l’existence de Lester. Le même effet est utilisé au début du film, quand Lester tente de dialoguer avec Jane dans la cuisine, il sont séparés dans le plan par un bouquet de roses rouges : cela souligne que le comportement de Carolyn les éloigne l’un de l’autre.
Pour Lester, le rouge c’est aussi la couleur de la rébellion : il veut vivre, retrouver sa jeunesse. Au début du film, quand il renverse son attache case et qu’il retarde sa femme, il y a parmi ses dossiers une chemise en carton rouge : c’est un symbole de sa rébellion passive. Par la suite, quand il se décide à prendre son existence en main, son insurrection devient active et s’illustre par des objets plus voyants : il s’achète une voiture de sport rouge, une voiture téléguidée rouge, il se met à porter des T Shirts rouges pour faire du sport. Quand il démissionne du journal, dans le plan, il y a un fichier rouge derrière sa tête. Dans le fast food où il va travailler, la couleur rouge est omniprésente : banquettes, uniformes et casquettes des employés, logos… Pour Lester, quitter le journal pour aller vendre des burgers constitue un acte de mutinerie envers son épouse.
Quand il meurt, son sang rouge éclabousse violemment le mur de la cuisine, plus tard, son cadavre baigne dans le sang : c’est le symbole de sa libération ultime, absolue. Le sourire qui illumine son visage exprime le soulagement, la béatitude.
Pour le colonel Fitts, le rouge manifeste la frustration et la censure sexuelle. Quand il embrasse Lester, dans le garage, la voiture rouge est en arrière-plan et Lester est éclairé par une lampe rouge.
Comme pour son père, le rouge symbolise chez Jane la rébellion, l’affirmation de son individualité. Quand elle se révolte contre ses parents, au cours d’un dîner, elle porte un pull avec des fleurs rouges. Elle porte souvent du rouge, mais pas d’une teinte franche, elle le cache sous d’autres vêtements aux tons neutres. Cela symbolise la beauté, la passion qu’elle n’ose pas encore libérer, exprimer.
Pour Ricky, le rouge symbolise la transcendance, une autre force qui défie les structures émotionnelles et psychologiques de la société urbaine. Quand il filme le sac de papier qui flotte au vent, il y a un mur de briques rouges en arrière-plan.
Pour la femme du voisin, quasi autiste, le rouge symbolise l’âme, le désir d’élévation. Quand on la voit dans sa cuisine, il y a une manique rouge à côté de sa tête. Si son corps est prisonnier d’une existence opprimante, son esprit est déjà « de l’autre côté ».
Copyright©Nathalie Lenoir 2005
To be continued...
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