reportage
sur le scénario
scénario
français versus scénario u.s (suite)
Chaque
genre filmique apporte son propre lot de contraintes et de conventions.
En ce qui concerne les séries télévisées,
les contraintes sont spécifiques au format (épisodes de
26, 52 ou 90 minutes) et au style ( sitcom, soap opéra, mini
série, série à héros récurrents,
feuilleton).
Un téléfilm (unitaire) s'écrit selon les mêmes
règles qu'un long métrage pour le cinéma, la différence
se fait surtout au niveau du contenu, des thèmes abordés,
du public visé.
Mais
il y a deux règles immuables et universelles.
Tout d'abord, le protagoniste doit être solidement caractérisé,
ses actions, ses réactions, sa manière de parler, de se
mouvoir, ses tics, ses manies, son allure générale doivent
permettre au spectateur de le comprendre, de le connaître, pour
pouvoir s'identifier à lui, ou, tout du moins, pour adhérer
à sa quête.
Ensuite, l'objectif de ce personnage doit être assez puissant
pour le motiver tout au long de l'histoire, il doit vraiment tout mettre
en uvre pour l'atteindre. Sinon, le spectateur ne pourra pas s'impliquer
profondément dans l'histoire.
Deux
manières d'appliquer ces règles
Si la dramaturgie
ne connaît pas de frontières, les professionnels du cinéma
et de l'audiovisuel n'appliquent pas ses règles de la même
manière des deux côtés de l'Atlantique. Et chacune
de ces " politiques " a ses avantages et ses dérives.
En France,
l'histoire, le fond, passe avant la forme.
Les films illustrent avant tout la vision d'un auteur, d'un réalisateur.
Les scénaristes ont dans notre pays une grande liberté,
une marge d'épanouissement considérable au-delà
des contraintes formelles.
Le métier de scénariste a tendance à se professionnaliser
ces dernières années, les écoles et les formations
se multiplient mais l'apprentissage de la dramaturgie reste une base,
un " terreau " dans lequel la créativité des
auteurs peut à la fois se développer et se ressourcer.
Hélas, trop de gens pensent encore qu'écrire un scénario,
" ça ne s'apprend pas ", qu'il suffit d'avoir
" des choses à dire, à raconter ".
On lit souvent des scénarios mal structurés qui donneront
naissance à des films qui s'essoufflent en cours de route et
qui ennuient le public. Certains auteurs français confondent
encore cinéma et littérature et leurs films sont qualifiés
" d'intellectuels ".
Aux
Etats-Unis, les scénaristes sont soumis à une réelle
dictature. C'est bien simple : tout est formaté, normalisé,
de la taille et la police du texte, au nombre de pages, acte par acte.
On pourrait donc résumer un script US de cette manière
:
- C'est
un texte de 120 pages
- Le premier acte couvre entre 25 et 35 pages
- L'incident déclencheur se situe donc entre les pages 25 et
35
- Le deuxième acte s'étend jusqu' à la page 110
à 115
- Le climax médian se situe entre les pages 75 et 90
- Le climax se situe à la page 115
- Le troisième acte couvre les pages 115 à 120
- L'intégralité du document est écrit en caractères
courrier, que ce soient les corps de description, les dialogues, les
intitulés de scènes.
- La largeur des pages, des colonnes sont normalisées
Si ce bref
énoncé peut prêter à rire, il faut bien reconnaître
que les scénaristes américains ont une réelle maîtrise
dans l'art d'écrire des films. C'est pourquoi les films US sont
souvent agréables à regarder, divertissants, même
quand leur contenu est insipide.
C'est pourquoi il est très intéressant pour un jeune auteur
français de lire et d'étudier quelques uns des innombrables
manuels américains sur le scénario, beaucoup d'entre eux
ont été traduits (voir
bibliographie).
Une fois que l'on maîtrise les règles, les bases de la
dramaturgie, l'imagination et la créativité n'en sont
que plus libres et efficaces. Il faut bien reconnaître que le
cinéma américain à donné naissance à
bien des chef d'uvres
Deux cultures différentes
C'est là que se situe la différence majeure
entre nos deux manières d'écrire une fiction.
Les films US font la part belle à l'action, au spectaculaire,
à un patriotisme parfois excessif et caricatural, et c'est souvent
aux dépends de la caractérisation des personnages et de
la profondeur des thèmes abordés.
Beaucoup de films de studio, se contentent de décliner inlassablement
la même histoire bien rôdée et ils n'ont pour seul
but que d'être rentables. Le volume de production outre-Atlantique
est tellement énorme que pour un grand film, une uvre majeure,
il y aura cinquante films de pur divertissement, dont certain sortent
d'ailleurs directement en vidéo.
Cependant, les américains ont sans conteste un savoir faire et
un professionnalisme qui forcent le respect. Entre les grands studio,
les compagnies indépendantes et la multitude de chaînes
de télévision, le public n'a que l'embarras du choix.
Il y a " de la place " pour tous les genres de films.
En France,
en 2001, 204 films de cinéma ont été produits,
dont 124 avec un devis entièrement français. Les projets
ont beaucoup plus de mal à se monter.
Beaucoup de scénarios restent à l'état de papier.
Il ne se tourne pas beaucoup de films dans notre pays, le chiffre risque
de diminuer encore. Les producteurs n'ont pas le droit à l'erreur
et essaient de miser sur l'originalité et la qualité des
projet. Les mentalités ne sont pas les mêmes. Les auteurs
français ont souvent reçu une culture plus littéraire
et tournée vers l'esthétique. C'est pourquoi ils ont un
savoir faire qui leur est propre et reconnaissable.
La fiction française met en valeur ses personnages, son écriture
est moins stéréotypée. Nous envions les moyens
financiers dont disposent les américains. Ironie du sort, beaucoup
de nations nous envient notre cinéma, en particulier les américains
qui achètent avec avidité les droits de nos films pour
en faire
des remakes.
Il ne s'agit pas de faire s'affronter deux méthodes mais bien
de comprendre qu'elles ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients.
Sans de bonnes bases, une structure solide, une narration cohérente,
la plus belle des histoires ne pourra que donner naissance à
un film moyen, voire mauvais
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Nathalie
Lenoir
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