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Cyril Rolland :
Analyses de film

:



Starwars trilogie


mai 2005 : A l'occasion de la sortie de "La revanche des Sith", revenons sur l'épopée :
Star Wars : Un récit sous influences :
Un mémoire de Cyril Rolland :


Avant propos :
Le (long) document que vous allez lire s’intéresse à la première trilogie Star Wars, et plus particulièrement aux multiples références qui jalonnent le récit des Episodes IV, V et VI, qu’elles soient de nature littéraire, cinématographique, culturelle, historique ou encore autobiographique.
Il s’agit en fait d’un mémoire de maîtrise rédigé au cours de l’année 2002 en seulement trois petits mois, la filière InfoCom de l’Université de Nantes étant la seule in da all world à exiger de ses étudiants de rendre un mémoire par trimestre (ho ho, ça balance !).

Quand Artno 2.0 m’a offert la possibilité de diffuser mon travail sur le site nidinfo, j’ai entrepris de le dépoussiérer un peu et d’y ajouter quelques réflexions que je n’avais pas eu le temps, à l’époque, de coucher sur le papier. Une « édition spéciale » si vous préférez. J’ai notamment pu inclure ici ou là quelques citations issues de l’indispensable The Hero with a Thousand Faces de Joseph Campbell (lisez-le et la trilogie Matrix vous apparaîtra tout de suite plus limpide !), livre de chevet de Lucas que j’aurais mis plus de trois ans à me procurer (pour cause d’édition française épuisée depuis des siècles).

Il manque toujours une conclusion à ce mémoire pensé, par la force des choses, comme une sorte de work in progress. Logiquement, elle devrait porter sur les raisons pour lesquelles la nouvelle trilogie n’arrive pas à la cheville de la première. J’attends toutefois d’avoir vu et digéré l’Episode III (qui, rêvons un peu, sera peut-être une heureuse surprise) pour m’y atteler.

Last but not least, vous ne trouverez point de “Chiquetabac”, d’”Etoile Noire” ou de “Yan Solo” dans les pages qui suivent.
En bon puriste de la galaxie lointaine très lointaine, j’ai préféré utiliser les noms originaux, proprement massacrés à l’époque par des traducteurs français en plein délire (souvenez-vous des bien peu terrifiants Michel Meyer et Jackie Voorhers des versions françaises de Halloween et Vendredi 13 !).


Voilà. Terminé j’en ai.

Enjoy !
Cyril Rolland


Introduction :
Les secrets d'un succès
:

Mauvais calculs


25 mai 1977. Un film de science-fiction intitulé Star Wars, produit par la 20th Century Fox et mis en scène par un jeune réalisateur de trente-trois ans, sort sur les écrans américains. Le succès est foudroyant. Au vu des longues files d’attente qui se forment devant tous les cinémas du pays, les observateurs sont tout naturellement tentés de donner des explications au phénomène.

Selon certains, la révolution technique que représente Star Wars est cause de son succès fracassant. Le public s’est déplacé en masse pour voir la bataille finale, véritable déluge d’effets spéciaux dernier cri.


Pour d’autres, le film est tout simplement sorti au moment idéal. La hausse du prix du pétrole vient de donner naissance à une nouvelle crise économique mondiale, programmée pour durer. Rien d’anormal donc à ce que les gens, apprenant l’existence d’un film distrayant et dépaysant, se soient précipités dans les salles, trop heureux d’échapper, pendant deux petites heures, à une réalité morose. De plus, le scandale du Watergate a ruiné la confiance du peuple en ses représentants, et le récent retrait des troupes du Vietnam vient de signifier la toute première défaite militaire américaine. Le public qui se rend alors au cinéma éprouve un réel besoin de découvrir des histoires fondées sur l’altruisme et la générosité plutôt que sur l’égoïsme, mais aussi de reconnaître des images bien définies du Bien et du Mal.
Or, en cette période de films cyniques, situés dans un New York « déglamourisé » et peuplés d’anti-héros (de Midnight CowBoy / Macadam cow-boy à Taxi Driver, en passant par Dog Day Afternoon / Un après-midi de chien), George Lucas a su écouter le désir des Américains. Et son histoire « enchantée » de blondinet au cœur pur infligeant une sévère raclée aux forces du Mal ne pouvait que remporter un immense succès dans un pays « désenchanté ».
Un argument pour accréditer cette thèse : les deux autres grands triomphes de l’année 1977 racontent respectivement l’histoire d’un « homme de la rue » emmené de son plein gré dans le vaisseau spatial d’extraterrestres pacifiques (abandon d’un quotidien médiocre pour un monde merveilleux) et d’un boxeur des bas quartiers de Philadelphie qui se voit donné l’occasion de prouver sa valeur sur le ring face au champion du monde (le rêve américain dans toute sa splendeur).

Effets spéciaux bluffants, vision enfantine du Bien et du Mal et conjoncture favorable…voilà, résumées, les trois raisons du triomphe de Star Wars invoquées en 1977. Beaucoup avaient alors à l’idée que le film de George Lucas sombrerait très vite dans l’oubli, remplacé dans le cœur du public par d’autres blockbusters encore plus ébouriffants. Aujourd’hui, alors que nous nous apprêtons à célébrer le vingt-cinquième anniversaire de Star Wars, il nous semble évident que les observateurs de l’époque étaient loin, très loin d’avoir vu juste. Explications.

Historique d’une saga

Les distributeurs français et américains possèdent chacun leur méthode pour évaluer les résultats d’un film au box-office national. Les premiers comptabilisent tout simplement les entrées, tandis que les seconds s’intéressent au nombre de dollars amassés sur le territoire.

Ce dernier mode de calcul a contre lui de ne pas prendre en compte l’inflation du dollar. En effet, depuis que Hollywood a pris pour habitude de porter la plus grande attention aux recettes des films qu’elle produit (c’est à dire très tôt dans son histoire), le prix de la place de cinéma n’a cessé de grimper. Conséquence inévitable : tout est faussé, et de simples réussites financières se retrouvent injustement mieux classées dans la liste des plus grands succès du cinéma que des triomphes historiques. Exemple : Titanic, sorti en 1997 (prix de la place moyen : cinq dollars), trône au sommet des films ayant accumulé le plus de recettes sur le territoire nord-américain. Gone with the Wind (Autant en emporte le vent), présenté au public en 1939 (prix de la place : 0, 25 dollar) n’apparaît même pas dans les vingt premiers. En tenant compte de l’inflation (donc à prix de place égal), le film de Victor Fleming ravit la place d’honneur à celui de James Cameron, du coup rétrogradé en cinquième position.

Un fait amusant : quelle que soit la méthode employée, un film reste fermement accroché à la place de second. Il s’agit de Star Wars. Conclusion ? En vingt-cinq ans, aucun blockbuster survitaminé, absolute masterpiece ou véhicule à stars n’est parvenu à attirer autant de spectateurs que le film de George Lucas.

Début 1980. Le public américain découvre, ébahi, que le film qu’il s’est empressé d’aller voir trois ans plus tôt vient d’être rebaptisé A New Hope (Un nouvel espoir). La raison : il s’agit en fait du premier volet d’une trilogie et de l’Episode IV d’une vaste saga (que désigne désormais le titre Star Wars) en comprenant idéalement six. La première suite des aventures de Luke Skywalker est prévue pour le mois de mai.

Aujourd’hui, vingt deux ans après sa sortie, The Empire Strikes back (L’Empire contre-attaque, Irvin Kershner) figure en quatorzième position dans le classement des hits du box-office (en tenant bien entendu compte de la hausse du prix du billet).

1983. Return of the Jedi (Le retour du Jedi, Richard Marquand) sort dans l’Amérique de Reagan, en nette reprise économique (l’ère de l’argent roi vient de débuter) et désormais habituée aux effets spéciaux (Superman, Indiana Jones et E.T. sont passés par là). Le succès est encore au rendez-vous. L’Episode VI hérite de la seizième place de la fameuse liste.

1995. la trilogie, disponible en VHS depuis 1989, ressort sur ce même support en version remastérisée. Elle se vend dans le monde à plus de trente millions d’exemplaires.

1997. Pour la célébration du vingtième anniversaire d’Un nouvel espoir, les trois volets réinvestissent les salles de cinéma (après restauration des négatifs, remixage THX de la bande-son et ajout de quelques scènes et plans supplémentaires). Les trois films, vieux de quatorze, dix-sept et vingt ans, et que tout le monde a vu et revu, rapportent néanmoins 250 millions de dollars aux Etats-Unis et 475 dans le monde.

Le miracle impressionne tous les studios hollywoodiens, qui entreprennent de fouiller dans leurs catalogues pour ressortir à leur tour de vieux films comme s’ils étaient neufs. Les « Editions Spéciales » avec bonus se multiplient : The Godfather (Le parrain) en 1997, The Exorciste (L’exorciste) en 2000, Close Encounters of the third Kind (Rencontres du troisième type) en 2001. Aucune ne parvient à atteindre les scores spectaculaires de la trilogie Star Wars. E.T. The Extra-Terrestrial (E.T. l’extra-terrestre), l’autre grand succès cinématographique du début des années 80, est prévu pour le début de cette année.

1998. George Lucas travaille sur la post-production de l’Episode I de sa légendaire saga, The Phantom Menace (La menace fantôme), qu’il vient lui-même de mettre en scène. Le film doit sortir dans les salles au mois de mai de l’année suivante. Le 17 novembre, une première bande-annonce de deux minutes est présentée dans les salles. Ce jour-là, deux tiers des américains qui sont allés au cinéma sont partis avant le début du film.

Avril 1999. Quarante jours avant la sortie de La menace fantôme, des centaines de fans commencent à faire la queue devant le Mann’s Chinese Theatre, le plus prestigieux cinéma de Los Angeles.

Mai 1999. Après seize ans d’attente, l’Episode I est enfin dans les salles. Au terme de son exploitation, il rapporte 450 millions de dollars sur le territoire US (plus de 900 dans le monde) et se positionne à la quinzième place des films les plus vus par le public américain. Juste entre les Episodes V et VI.

Entertainment Weekly entreprend de comparer les résultats de La menace fantôme avec ceux de la première trilogie. Si les épisodes IV, V et VI étaient sortis en 1999, ils auraient accumulé 900 millions de dollars, à la fois aux Etats-Unis et dans le reste du monde.


Star Wars dans tous ses états

1978 : la télévision américaine programme un série de dessins animés avec les héros de Star Wars. Pour la première fois, l’univers créé par George Lucas investit un autre support.

La même année, le Marvel Comic Group, à l’origine de ces héros éternels que sont Spider-man, Hulk ou les X-Men, obtient l’autorisation de reprendre les personnages pour des aventures en bandes dessinées. La série s’arrête huit ans plus tard.

1979 : la National Public Radio, qui souhaite réaliser une adaptation radiophonique d’Un nouvel espoir reçoit à son tour l’aval de Lucas pour exploiter la musique et les bruitages originaux du film. Lorsque le show est diffusé, 750 000 personnes sont à l’écoute. L’audience bondit de 40%. Le président de la National Public Radio parle de « renaissance de la dramatique radiophonique » (en perte de vitesse depuis la fin des années 50). Trois ans plus tard, L’Empire contre-attaque est à son tour adapté, avec un succès identique.

1982 : les possesseurs de consoles de jeux vidéo Atari 2600 découvrent l’expérience du pilotage de X-Wing dans un salon. Avec les années, les titres adaptés de l’univers Star Wars, développés par différentes sociétés (Domark, Sega, Software Toolworks, mais surtout LucasArts), se multiplient sur tous les supports possibles : PC, console, arcade.

1988 : une fois les trois volets de Star Wars transposés en nouvelles, George Lucas charge Timothy Zahn, auteur de S.F. respecté, de rédiger une suite littéraire des aventures de Luke Skywalker et ses compagnons. Une nouvelle trilogie naît : Heir to the Empire (L’héritier de l’Empire), Dark Force Rising (La bataille des Jedi) et The Last Command (L’ultime commandement). L’œuvre de Zahn est si bien accueillie que de nouveaux romans paraissent à leur tour, écrits par différents auteurs. Certains sont destinés à un public féminin (The Courtship of Princess Leia / Le mariage de la Princesse Leia), d’autres aux jeunes lecteurs (The Glove of Darth Vader / Le gant de Dark Vador).

La même année, paraît Star Wars : the roleplaying game. Il demeure aujourd’hui le jeu de rôle de S.F. le plus pratiqué dans le monde.

1990 : la maison Dark Horse Comics acquiert les droits de publication de plusieurs livres en rapport avec la saga. Dark Empire marque le retour attendu de Star Wars dans l’univers de la bande dessinée. Enorme succès. Suivent les séries Tales of the Jedi, Droïds, Jabba the Hutt, X-Wing : rogue squadron et l’adaptation de la trilogie de Timothy Zahn.

Télévision, radio, jeux vidéos, romans, bandes dessinés… Depuis les écrans de cinéma, l’œuvre de George Lucas a investi tous les supports possibles et imaginables. A chaque fois, le succès s’est trouvé au rendez-vous.

Cependant, le chiffre d’affaires de toutes ces formes de produits dérivés, qui participent d’une démarche créatrice et ont pour résultat de rendre toujours plus complexe l’univers Star Wars, ne peut concurrencer celui du merchandising de base, c’est-à-dire les jouets, maquettes et objets de la vie quotidienne marqués du sceau de la saga (du tee-shirt à la tasse à café, en passant par la brosse à dent). Entertainment Weekly estime à plus de quatre milliards de dollars la recette dans le monde de ce type de produits dérivés, pour la période 1977-1999.

Quatre milliards de dollars, c’est également ce qu’a rapporté à Lucas (propriétaire exclusif de tous les droits liés à la saga) les « franchises et droits dérivés » de La menace fantôme. Une somme déboursée par des sociétés comme Hasbro ou Pepsi Cola pour exploiter l’imagerie du film. Ajoutons à cela le petit milliard récolté par l’Episode I dans le monde, et nous obtenons tout simplement la plus grande opération commerciale de l’histoire du cinéma.

Un rapide calcul permet d’estimer à environ deux cent millions de dollars les chiffres annuels de la vente de produits dérivés Star Wars. Spectaculaire …mais aussi étrange. Les poupées à l’effigie du sympathique alien de E.T. (énorme succès s’il en est) ont depuis longtemps disparu des étagères des boutiques, preuve que le merchandising est une pratique du court terme. Or, le marché des réveils Obi-Wan Kenobi et de porte-savons en forme de landspeeder se poursuit et, même, reste stable. Malgré l’absence totale d’actualité cinématographique. La vie des produits dérivés Star Wars n’a donc pas besoin des films pour exister, elle est devenue autonome. Du jamais vu

Le culte Star Wars

Contrairement aux apparences, les enfants ne sont pas les principaux consommateurs du merchandising Star Wars. L’acheteur type ressemblerait plutôt à un adulte de sexe masculin qui aurait découvert la trilogie au cinéma au cours de son enfance, et l’aurait revu depuis une bonne dizaine de fois. Car la saga est bel et bien un objet de dévotion pour des millions de personnes à travers le monde, capables de réciter chaque dialogue par cœur ou de discuter des heures des codes de couleurs des sabres laser.

L’œuvre de George Lucas a laissé une trace durable dans l’imaginaire populaire. Le fait est incontestable. Il serait vain de tenter de dresser une liste des sites web consacrés à la « sainte trilogie » (une des expressions favorites des fans) ou des films et pubs qui y font référence, au détour d’un geste, d’une réplique, d’une coupe de cheveux. Même le domaine politique s’est emparé du phénomène. Ronald Reagan, au début des années 80, n’a-t-il pas surnommé un projet militaire (l’Initiative Defense System, qui visait à équiper de lasers un réseau de satellites de défense) « Star Wars » ?


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La suite au prochain épisode..Allez Page 2.

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