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Cyril Rolland :
Analyses de film
 

:



Les contrats arrivaient à expiration : Minimum basic agreement :
Il était temps de renégocier les barèmes salariaux selon les bénéfices.



Hollywood, depuis le 11 septembre 2001

Introduction :
Hauts et bas de l’année 2001

La « tempête » du premier semestre : « beaucoup de bruit pour rien »

L’inquiétude a commencé à saisir Hollywood aux alentours de l’été 2000. Les contrats liant, d’une part, les acteurs et, d’autre part, les scénaristes aux producteurs de cinéma, de télévision et de publicité, connus sous le nom de Minimum Basic Agreement, allaient arriver à expiration au printemps de l’année suivante. Or, malgré les réclamations répétées des leaders de la Screen Actors Guild (SAG) et de la Writers Guild of America (WGA) en faveur d’une réévaluation des barèmes salariaux, conséquence logique de l’augmentation des recettes provenant de l’exploitation des programmes sur le câble et des ventes à l’étranger, aucune renégociation ne figurait sur les calendriers de l’année 2001.
Pour les observateurs du microcosme hollywoodien, l’absence de dialogue entre les deux syndicats et les producteurs ne peuvent qu’aboutir à une grève des acteurs et des scénaristes aux alentours du mois de mai.

Lorsqu’au début de l’automne 2000, les syndicats, particulièrement remontés suite à de fraîches suppressions d’emplois chez Disney, AOL-Time Warner et le réseau télé NBC, conseillent à leurs membres d’économiser au maximum en prévision d’une longue bataille, le spectre de la grève de 1988 revient soudainement hanter les consciences.
Treize ans auparavant, les acteurs et les scénaristes, abandonnant les plateaux de tournage et les machines à écrire pour se réunir sur des piquets de grève, avaient entièrement bloqué l’usine à rêves hollywoodienne pendant 22 longues semaines. Les conséquences s’étaient révélées dévastatrices au niveau de la production (aucun tournage) comme de la distribution (aucun film pour alimenter les multiplexes) et avaient sérieusement mis à mal l’ensemble des studios, condamnés, de par leurs énormes frais de fonctionnement, à superviser plusieurs projets parallèlement.

Paniqués à l’idée d’affronter une nouvelle paralysie du système et soucieux d’éviter le pire, les décideurs des différentes majors hollywoodiennes font immédiatement en sorte de se constituer de grandes réserves de films et de programmes télé, qu’ils pourront distribuer ou diffuser au cours de la grève qui s’annonce. Pendant l’hiver, la Mecque du cinéma se trouve donc brusquement saisie d’une frénésie de travail.
Tandis que les vedettes, littéralement surbookées, passent à une vitesse éclair d’un projet à l’autre, et que les compositeurs de musique, monteurs et autres spécialistes des effets spéciaux manifestent leur colère devant des délais de bouclage ingérables, les studios, inversant la méthode traditionnelle, font appel aux producteurs pour leur proposer de mettre en image des scripts sommaires, souvent retrouvés au sommet d’une étagère poussiéreuse, et généralement axés sur la comédie (les œuvres appartenant à ce genre sont celles qui se montent et se tournent le plus rapidement).

Quand le printemps tant redouté arrive enfin, la tension est à son comble.


Les plupart des analystes ont fait la constatation, au cours des semaines précédentes, que les efforts déployées par la SAG et la WGA pour faire coïncider les revendications des scénaristes et des acteurs n’aboutissaient à rien de véritablement concret. De fait, en avril 2001, les leaders syndicaux se présentent chacun de leur côté à la table des négociations. En position de faiblesse et nettement plus velléitaires que dans les mois précédents, ils se satisfont des quelques concessions accordées par des représentants remarquablement préparés des majors, et autorisent la reprise du travail.
En cette première semaine de mai 2001, ceux qui dirigent Hollywood peuvent donc se tourner avec la plus grande sérénité vers le premier semestre de l’année suivante, au cours duquel doit expirer le Minimum Basic Agreement de la Directors Guild of America (DGA), le syndicat des réalisateurs, certes puissant mais dont les exigences ne peuvent désormais qu’être revues à la baisse. Leur intérêt toutefois se porte vers un autre horizon. Le 9 mai, en effet, doit voir la sortie de The Mummy Returns (Le retour de la momie), premier blockbuster (film à gros budget susceptible de dépasser les 100 millions de dollars de recettes) de l’été, qui donne ordinairement le la pour la suite de cette saison synonyme à Hollywood de dollars. Neuf jours suffisent au film pour dépasser la barre magique.


Un été record

Labor Day, premier lundi de septembre, marque traditionnellement la fin de la saison estivale. C’est le moment que choisissent les studios pour regarder en arrière et estimer les bénéfices engrangées au cours des quatre mois précédents. Le verdict a de quoi les rendre euphoriques. Avec trois milliards de dollars de recettes, trois films au dessus des 200 millions de billets verts (Shrek, Rush Hour 2 et The Mummy Returns) et un seul véritable fiasco (Final Fantasy, le premier film en images de synthèse photo-réalistes), le record de 2000 est largement battu.

Par ailleurs, les majors se frottent déjà les mains au vu de la liste des blockbusters qu’ils proposeront au public américain l’été 2002, pour la plupart déjà en fin de tournage : Spider-man (l’adaptation des aventures du plus populaire des super-héros marvel), Star Wars Episode 2 : Attack of the Clones / L’attaque des clones (nouvel opus de la franchise la plus successfull de l’histoire du 7e Art), Minority Report (réalisé par Steven Spielberg, dont le génie commercial n’est plus à prouver, avec la superstar Tom Cruise), Men in Black 2 (la suite du carton de l’été 1997) et d’autres encore



Star Wars Episode 2, roi du box-office 2002 ?

Nine Eleven

Au début du mois de septembre, la capitale du cinéma américain peut se féliciter, à la fois de la conclusion heureuse des conflits sociaux du premier semestre et des résultats faramineux d’un été plus hot que jamais.
Le 11 septembre, dans la matinée, quatre avions, détournés par des terroristes kamikazes, s’écrasent sur les tours jumelles du World Trade Center (centre d’échanges mondial surplombant le sud de Manhattan depuis 1972), sur une aile du Pentagone et dans la campagne de Pennsylvanie. Les morts se comptent par milliers dans cette série d’attentats qui constitue la plus terrible attaque terroriste sur le sol américain.
Alors que le monde entier a les yeux fixés sur les écrans de télévision, où repassent en boucles les images des twin towers frappées de plein fouet puis s’écroulant dans un bruit d’apocalypse, certains se posent une question, qui peut alors paraître bien futile : quelles répercussions ces attentats, hypermédiatisés et d’une envergure inédite, auront-ils sur cette industrie de l’image (spectaculaire) qu’est Hollywood ?


Quelles conséquences ?

Les premières conséquences se font sentir dès le 11 septembre.
L’Office du film de New York ordonne l’arrêt de l’ensemble des nombreux tournages en cours dans la Grosse Pomme afin de ne pas gêner les opérations de secours. Parmi ces derniers, ceux de Spider-man, de Sam Raimi, et Men in Black 2, à nouveau signé Barry Sonnenfeld. La décision ne fait pas l’affaire de la Columbia, filiale de Sony Pictures Entertainment, qui a prévu depuis longtemps la sortie des deux films à des date-clefs de l’été 2002 (début mai pour le premier, Independence Day pour le second), ni celles des autre studios, obligés, dans l’éventualité d’une re-programmation, de reconsidérer leurs propres plannings pour éviter la concurrence de ces deux mastodontes.
Si les grandes firmes et l’immense majorité des maisons de production sont basées à Los Angeles, quelques sociétés ont choisi « la ville qui ne dort jamais », et plus précisément le sud de Manhattan, pour accueillir leurs bureaux. L’endroit étant rendu inaccessible à la suite des attentats, les employés de Good Machine, TriBeCa Film1 (initiée par Robert De Niro) ou d’Artisan Entertainment se voient dans l’obligation d’attendre le passage d'une commission de sécurité avant de retourner au travail. Plus chanceux, ceux de Miramax s'expatrient dans les locaux de la revue Talk Magazine, dont la firme est propriétaire.
L’onde de choc se propage rapidement au delà de la côte Est et vient toucher le jour même Hollywood, située à l’autre bout du continent. Les parcs d'attractions et les studios cessent toute activité. Parallèlement, de nombreux événements prévus de longue date se voient immédiatement décalés (tels les sorties de Training Day et Hearts in Atlantis / Cœurs perdus en Atlantide, remises à plus tard par la Warner, dans l'incapacité momentanée d’assurer correctement leur promotion) ou tout simplement annulés (la fête Disney censée célébrer la sortie du DVD de Snow White and the Seven Dwarves /Blanche-neige et les sept nains).

Au bout de quelques jours, cependant, les activités du petit monde de Hollywood reprennent leur cours normal : les employés de DreamWorks et Paramount regagnent leurs bureaux, on rallume les spotlights sur les plateaux de tournage, les caméras se remettent à tourner2.
Faut-il voir là (ainsi que dans la décision de l’Office du film de New York d’autoriser la reprise des tournages à Manhattan quinze jours après les attentats et le maintien des deux festivals de cinéma traditionnellement organisés dans la Grosse Pomme à l’automne, le New York Film Festival et le Manhattan Short Film Festival) les signes que le 11 septembre n’a été qu’un simple orage passager dans l’histoire de la Mecque du cinéma ?

Ou bien y a-t-il eu un véritable séisme, comme l’ont prophétisé quelques experts ?

Notre projet

Nous allons débuter notre dossier en portant notre attention sur les décisions prises à Hollywood entre septembre et décembre 2001, qui témoignent de réelles répercussions des attentat sur l’industrie cinématographique américaine. Puis, à partir de l’analyse d’un film tourné au cours de l’été, Black Hawk Down (La chute du faucon noir), condamné à subir de sévères modifications de par les rapports troublants qu’il entretient avec le 11 septembre mais resté, contre toute attente, inchangé, nous nous attacherons à démontrer que la machine à rêves et le public américain sont parvenus, au début de l’année 2002, à surmonter le traumatisme et à envisager l’avenir sereinement.

1 Du nom d’un quartier de Manhattan, TRIangle BElow CAnal.
2 The Hollywood Reporter a toutefois révélé que certains studios avaient dû être à nouveau évacués dans l’après-midi du 20 septembre, après que l'Attorney general ait fait diffuser un communiqué du FBI évoquant la possibilité d’une menace terroriste sur une des majors.

 

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