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Cyril Rolland :
Analyses de film

:



Starwars trilogie



aout 2005 : A l'occasion de la sortie de "La revanche des Sith", revenons sur la prélogie:
Star Wars : CONCLUSION
Un mémoire de Cyril Rolland :





Les secrets d’un échec
Qu’est-ce qu’une « prélogie » ?

Le mémoire de maîtrise que avez entre les mains depuis un bout de temps maintenant, j’imagine (courage, il n’y en a plus que pour quelques pages …), a été achevé en janvier 2002.
A l’époque, seule La menace fantôme était sortie en salles, et il restait encore quelques mois d’attente fébrile avant de découvrir le second volet, L’attaque des clones. La « prélogie » (puisque c’est ainsi qu’il faut nommer les Episodes I, II et III) était donc encore loin d’être complète. Aussi avions-nous décidé de la laisser mûrir à son rythme et de nous concentrer sur les trois premiers opus. Les seuls, les authentiques Star Wars, seraient tentés d’ajouter certains (mais nous y reviendrons).
Et puis, pour tout dire, à la vision de l’Episode I (et pour ce que nous savions alors de l’intrigue de L’attaque des clones), nous avions un peu de mal à reconnaître dans la nouvelle trilogie ce trait fondamental des volets IV, V et VI qui constitue le cœur de notre mémoire, à savoir ce jeu de références culturelles, littéraires, cinématographiques, historiques, autobiographiques même, certes disparates mais ô combien cohérentes.

A l’heure où j’écris ces lignes (août 2005), La revanche des Sith (Revenge of the Sith), alias l’Episode III, commence petit à petit à quitter les écrans du monde entier, après s’être imposé comme le grand succès de l’année. La saga galactique initiée par George Lucas il y a 28 ans de cela (diable, cela ne nous rajeunit pas …) est donc à présent terminée(52). Autrement dit, il était temps pour moi de rouvrir le dossier Star Wars et d’évoquer, enfin, cette fameuse prélogie qui a fait couler beaucoup d’encre depuis 1999.
En six ans, ce sont surtout les critiques qui se sont fait entendre, mettant généralement en avant l’évident fossé qui sépare les Episodes I, II et III des volets originaux. Fossé technologique (les bonnes vieilles maquettes ont cédé leur place au tout numérique dégoulinant de pixels), fossé commercial (malgré des chiffres impressionnants, les nouveaux épisodes ne sont finalement que des blockbusters parmi d’autres) et, last but not least, fossé artistique.
Même si les soupirs de soulagement furent plus que nombreux dans les salles en mai dernier, il y a fort à
parier que la prélogie ne bénéficiera jamais de l’aura légendaire des Episodes IV, V et VI. Trop tôt pour le dire ? Pas forcément. Si l’on se souvient bien, le traumatisme Star Wars fut en son temps immédiat, changeant à tout jamais la face d’Hollywood (la mode du blockbuster gentiment naïf et truffé de SFX dernier cri n’est toujours pas passée) et déclenchant simultanément des milliers de vocations à travers le monde(53).
Dur d’imaginer pareil phénomène pour les nouveaux opus, n’est-ce pas ?

Ainsi, si Lucas avait rêvé de livrer au monde une vaste saga harmonieusement déployée sur six volets, le moins que le l’on puisse dire c’est qu’il a raté son coup. Dans l’esprit de beaucoup, il y aura toujours la trilogie originelle d’un côté et la prélogie de l’autre (le Côté Obscur, forcément).
Une question toute naturelle s’impose alors : pourquoi ? Qu’est-ce qui fait que les premiers Star Wars continuent d’occuper, après plus de vingt ans, une place centrale dans l’imaginaire culturel d’une bonne moitié des habitants du globe alors que les nouveaux suscitent au mieux la déception, au pire le mépris le plus complet ?
Question simple à poser. Mais pour y répondre, cela risque d’être une autre paire de manches.


Question de point de vue

Il y aurait des pages entières à écrire sur les multiples différences entre les deux trilogies (comme l’abandon du concept de « futur usé » pour le rococo clinquant), les erreurs impardonnables de Lucas (l’horripilant Jar Jar Binks, la romance guimauve de l’Episode II), les manquement regrettables (plus de Han Solo, dont la décontraction et le côté smart ass crédibilisaient follement l’histoire) et les carences en tous genres (Lucas n’est décidemment pas un directeur d’acteurs, et que serait sa mise en scène sans la musique ultra-signifiante de John Williams pour la supporter ?),
Le risque toutefois serait de basculer dans les débats sans fond et sans fin. Star Wars étant avant tout affaire de passion(s), il devient très vite extrêmement difficile de départager les qualités cinématographiques objectives et objectivables de la nostalgie pour une époque révolue (appelez ça l’enfance ou les années 70). Ou encore la légitime déception occasionnée par seize longues années d’attente de la pure et simple mauvaise foi.
Et puis, disons le tout net, cela nous éloignerait considérablement du sujet de notre mémoire.

Celui-ci se donnait en effet pour but de mettre en avant une des sources probables du succès de la saga de George Lucas, qui nous semblait être passée un peu inaperçue aux milieu des classiques généralement cités (les effets spéciaux révolutionnaires, le plus grand méchant de l’histoire du cinéma, le fabuleux design signé Ralph McQuarrie, le charme canaille de Han Solo, les sabres laser, la musique opératique de John Williams, etc). Dont certains, comme par hasard, ont totalement déserté la nouvelle trilogie.
C’est le cas, justement, de cette somme de références éparses au cœur du récit de la première trilogie, et que Lucas semble avoir laissées de côté en entamant l’écriture des nouveaux épisodes. A moins qu’il n’ait choisi de déléguer tout ce travail de compilation aux frères Wachowski qui (coïncidence ?) nous offraient, la même année que La menace fantôme, la même miraculeuse recette (avec d’autres ingrédients toutefois).

Car force est de constater la quasi disparition dans la prélogie de cette monstrueuse accumulation renvois en tous genres qui faisaient une grande partie du charme des volets originaux.

Mais peut-être tout cela est-il logique finalement. Les Episodes I, II et III sont nés du désir de montrer pourquoi Anakin Skywalker est devenu Darth Vader et, accessoirement, comment l’Ancienne République a donné naissance à l’Empire Galactique. De par leur nature de prequels, ils prennent donc avant tout soin de renvoyer aux précédents opus, réservant leur lot de personnages rajeunis, de caméos surprise (Greedo, le Grand Moff Tarkin) et d’« œufs de Pâques » (le Faucon Millenium dans un coin de l’image quelque part sur Naboo).  

La passion toujours vivace de Lucas pour les contes de fées ne l’a toutefois pas empêché de placer ici ou là quelques figures bien connues : l’éloignement du foyer, encore une fois, mais aussi la naissance miraculeuse (La menace fantôme), le mariage secret (L’attaque des clones) et, forcément, toute une série de nouvelles amputations(54). Reste que la structure de la prélogie va à l’encontre de celle des contes de fées, débutant par un épisode solaire (et dépourvu de personnage principal clairement identifié) pour s’enfoncer peu à peu dans les ténèbres.

Tous les chemins mènent à Rome

Une source d’inspiration, assez inattendue car totalement absente de la première trilogie, se dégage quand même très nettement des nouveaux épisodes. Il s’agit de l’Antiquité Romaine, que l’on retrouve aussi bien lors de la course de pods de l’Episode I qu’au cours de la séquence de l’arène dans L’attaque des clones. 



L’esclave Anakin Skywalker aux commandes de son pod,




ou quand Spartacus rencontre Ben Hur. A droite, la version Geonosienne du Colisée romain.

Cependant, cette référence appuyée, qui pouvait passer dans un premier temps pour un hommage aux péplums des années 50 et 60 (dans la lignée des emprunts aux serials ou aux swashbucklers de la trilogie originelle) prend une toute autre ampleur dans le dernier volet. L’analogie avec la Rome Antique vient cette fois de la place centrale dans l’intrigue que prennent les jeux de pouvoir autour du contrôle du Sénat galactique. Là, Lucas parle brusquement moins de bon vieux cinoche du samedi après-midi que de politique et de corruption. Une République démocratique peut très facilement se muer en dictature martiale, semble-t-il nous dire, si les rênes du pouvoir sont confiées en de mauvaises mains. Et si cela a pu se produire aussi bien il y a 2000 ans que dans une « galaxie lointaine très lointaine », pourquoi pas ici et maintenant ?




Palpatine galvanise le Sénat Galactique de ses propos démagogiques. Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé

L’Episode III serait-il un pamphlet anti-Bush ? Et la Guerre des Clones (déclenchée sous un faux prétexte tandis que les véritables enjeux restaient dissimulés aux yeux de tous) une évocation du conflit en Irak ? Cela ne semble pas impossible, d’autant plus que certaines répliques (« « Ainsi s’éteint la démocratie, sous un tonnerre d’applaudissements » ou encore l’échange « Si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes contre moi / Seul un Sith peut être aussi absolutiste » ont apparemment fait grincer quelques dents à Washington. Accusé de faillir au fameux Patriot Act, George Lucas affirme que le plot de La revanche des Sith et les dialogues précédemment cités ont été couchés sur le papier bien avant l’élection de son homonyme texan en 2000. Et, pour le coup, on serait bien tentés de le croire. Mais cela n’empêche pas son discours de se faire brusquement bien sérieux. Nous sommes décidemment très loin de la première trilogie et de sa lutte très « Robin des Bois » entre les gentils rebelles et le vilain Empire Galactique (55). Voilà donc une nouvelle différence entre les deux trilogies. Et pas des moindres.  

seconde partie de la conclusion page suivante :

 

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