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aout 2005 : A l'occasion de la sortie de "La revanche
des Sith", revenons sur la prélogie: Nous savons que pour les contes de
fées, il y a au départ la passion pour les travaux de Joseph Campbell
et le désir d’offrir une expression moderne de son rêve de « Grand
Mythe » américain. Projet aussi noble qu’ambitieux. En ce qui concerne
les œuvres populaires du vingtième siècle (Le seigneur des anneaux,
les serials, les romans de S.F., les films de genre de l’Age
d’Or de Hollywood, etc), on pourrait, en revanche, y voir un pur calcul
de sa part. Accusé, au moment de la sortie de
son premier film, THX 1138, de faire un cinéma froid et
abscons, Lucas s’était en effet donné pour but avec son projet suivant,
American Graffiti, de livrer une œuvre chaleureuse et susceptible
de plaire au plus grand nombre. Pari amplement gagné qui aurait poussé
le réalisateur à rééditer la chose en puisant sans vergogne dans tout
un pan de la culture populaire pour donner au public, nostalgique des
héros nobles et bondissants, très exactement ce qu’il attendait. La théorie
se tient à peu près et devrait plaire à tous ceux qui ne voient en Lucas
qu’un marchand du temple prêt à tous les subterfuges pour vendre ses jouets
aux kids. De ce fait, la première trilogie
Star Wars peut (et doit, sans doute)
être considérée, avant toutes choses, comme une « anthologie de rêveries enfantines »(56). Et, par là
même, comme un projet sincère et éminemment personnel, au même titre que
le semi-autobiographique American Graffiti. Bref, tout le
contraire d’un produit cynique et mercantile. Il ne faut peut-être pas aller chercher
plus loin les raisons de la connexion quasi mystique entre le Lucas des
seventies et son public, « littéralement téléporté dans l’univers du réalisateur,
absolument incapable de discerner une boîte de conserve sur roulettes
d’un robot ultra-performant, un méchant étouffant sous son casque de la
parfaite incarnation du Mal, une marionnette hideusement rabougrie d’un
Maître de la Force, ou encore un effet spécial vieux comme le monde d’une
épée laser vrombissante »(57).
« C’est
fait pour les enfants de douze ans ? Nous avons tous douze ans ! »
écrivait le critique Henry Béhar au moment de la sortie d’Un nouvel
espoir(58).
Il aurait du préciser : « à commencer par George Lucas ».
Car il fallait un sacré culot (doublé d’une bonne dose d’inconscience)
pour se lancer dans un projet tel que Star Wars, surtout
en 1977, à une époque où la SF fantaisiste était synonyme de ringardise,
et où les micro-ordinateurs n’existaient pas plus que les compagnies
d’effets spéciaux spécialisées. Mais le jeune chien fou avançant complètement à l’aveuglette aura
été au bout de son aventure, donnant naissance, au final, à une œuvre
visionnaire qui continue d’impressionner et d’exalter aujourd’hui encore.
Rien à voir, bien entendu, avec la prélogie, malgré
toute la sympathie que peut inspirer le créateur revenant, après bien des années, à la source de son
succès. S’il fallait chercher un héritier direct à la démarche quasi-suicidaire
du Lucas de 1977, il faudrait évoquer le Peter Jackson du Seigneur
des anneaux (tiens donc !), qui n’a pas hésité à s’embarquer
dans un marathon long de huit ans pour prendre d’assaut un pavé de 1500
pages que tout le monde jugeait inadaptable. Même mise ultra risquée,
récupérée au centuple (ou presque). Et ce n’est que justice. Il
ne faudra pas non plus s’étonner que Lucas (qui vient de fêter son soixantième
anniversaire) ait quelques peines à réveiller l’« Enfant Libre »
(ou l’adolescent attardé, si vous n’êtes pas versé dans le vocabulaire
psychiatrique) qui sommeille en lui. Là se trouve sans doute l’explication
des évidents problèmes de ton dans l’Episode I, où l’on devait sans cesse
faire le grand écart entre la solennité imperturbable de personnages sérieux
comme des papes (Qui-Gonn Jinn) et les gesticulations puériles d’une espèce
de grenouille idiote (faut-il la nommer ?). Ou encore de la maladresse
certaine dont fait preuve le cinéaste pour dépeindre la naissance du sentiment
amoureux dans l’Episode II. Finalement, George Lucas serait donc moins un cynique désinvolte
qu’un auteur déconnecté de son univers et de son public de base car devenu
trop vieux et trop powerful pour simplement redonner vie à ses
rêves de gosse. Quelqu’un a dit « tragédie » ?
S’il y a une chose que l’on ne peut
pas retirer au Lucas de l’Episode III, c’est bien l’intelligence avec
laquelle il dépeint la descente aux enfers d’Anakin Skywalker. Loin des
effets ostentatoires et des gros sabots que l’on pouvait craindre, le
cinéaste procède au contraire par petites touches, généralement bien vues.
L’arrogance un peu forcée de l’Episode II a complètement disparue pour
céder la place à un comportement absolument irréprochable. Principalement
motivé par l’amour et le désir de bien faire (il obéit scrupuleusement
aux ordres, même quand il ne les approuve pas), le jeune Jedi ne
commet finalement qu’une seule erreur, qui plus est sur un malentendu.
Il n’en faut pas plus pour qu’il devienne, presque à son corps défendant,
la machine à tuer que nous connaissons tous. Dans ces instants, la magie
et la puissance d’évocation de la première trilogie semble à nouveau planer
sur l’œuvre. Pourquoi cette soudaine réussite, sinon parce que Lucas
a enfin réinvesti intimement son œuvre comme c’était le cas dans
les années 70 ?
52 Au cinéma du moins, car si les Episodes VII,
VIII et IX sont définitivement abandonnés, l’homme a prévu pour les
années à venir pas moins de deux séries TV, sans compter les romans
et comics qui continuent de paraître régulièrement. 53 Dont certaines auront fini par porter leurs fruits. C’est le cas de James Cameron, qui quitta son job de chauffeur de camion suite à la vision d’Un Nouvel Espoir pour s’improviser responsable des effets spéciaux. Il ne se doutait sans doute pas alors qu’il signerait vingt ans plus tard le film qui mettra un terme au règne de l’Episode IV sur le box-office. 54 Score final : seize amputations et quatre décapitations, plus ou moins bien réparties sur les six volets (L’Episode III en compte pas moins de neuf). A lui seul, le pauvre Anakin Skywalker aura perdu ses deux jambes, ses deux bras ainsi qu’une main artificielle. 55 Certains
y virent toutefois, à l’époque, une réflexion sur l’ère Nixon et la
Guerre du Vietnam. Un opinion qui ne nous convainc qu’à moitié (d’ailleurs,
nous n’en avons pas parlé jusque là dans ce mémoire, sinon succinctement
en introduction). Il est évident que le script d’Un
nouvel espoir fut écrit en réaction à la sinistrose générale
de la fin de seventies, mais sans doute plus avec le souci de
livrer une œuvre joyeuse et exotique, loin des allégories faciles que
l’un des modèles de Lucas, J.R.R. Tolkien, détestait par ailleurs (voir
chapitre « La petite histoire » dans la seconde partie). 56 in Mad Movies n°100 (mars 1996) 57 Ibid. 58 in Première n° 10 (septembre 1977). 59 Un exemple parmi d’autres : Lucas avait interdit que l’on fasse le ménage sur le plateau de l’Etoile de la Mort, pour ajouter encore plus au réalisme de sa base spatiale. Idée brillante, mais comment faire pareil … quand on filme intégralement sur fond vert ?
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