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Cyril Rolland :
Analyses de film

:



Starwars trilogie





aout 2005 : A l'occasion de la sortie de "La revanche des Sith", revenons sur la prélogie:
Star Wars : CONCLUSION
Un mémoire de Cyril Rolland :


seconde partie :

« Tous les enfants grandissent, tous sauf un »

Revenons un instant vers ce défilé ininterrompu de références qui caractérise la première trilogie, et interrogeons nous une nouvelle fois sur les véritables raisons qui ont pu pousser Lucas à les convoquer ainsi dans son récit.  

Nous savons que pour les contes de fées, il y a au départ la passion pour les travaux de Joseph Campbell et le désir d’offrir une expression moderne de son rêve de « Grand Mythe » américain. Projet aussi noble qu’ambitieux. En ce qui concerne les œuvres populaires du vingtième siècle (Le seigneur des anneaux, les serials,  les romans de S.F., les films de genre de l’Age d’Or de Hollywood, etc), on pourrait, en revanche, y voir un pur calcul de sa part.

Accusé, au moment de la sortie de son premier film, THX 1138, de faire un cinéma froid et abscons, Lucas s’était en effet donné pour but avec son projet suivant, American Graffiti, de livrer une œuvre chaleureuse et susceptible de plaire au plus grand nombre. Pari amplement gagné qui aurait poussé le réalisateur à rééditer la chose en puisant sans vergogne dans tout un pan de la culture populaire pour donner au public, nostalgique des héros nobles et bondissants, très exactement ce qu’il attendait. La théorie se tient à peu près et devrait plaire à tous ceux qui ne voient en Lucas qu’un marchand du temple prêt à tous les subterfuges pour vendre ses jouets aux kids.  

Mais pourtant, à y regarder de plus près, on constatera qu’une large partie des oeuvres et des événements convoqués et habilement déguisées que nous avons mis en valeur dans ce mémoire partagent un point commun absolument crucial, celui d’avoir marqué George Lucas (né en 1944) au cours de sa jeunesse.

De ce fait, la première trilogie Star Wars peut (et doit, sans doute) être considérée, avant toutes choses,  comme une « anthologie de rêveries enfantines »(56). Et, par là même, comme un projet sincère et éminemment personnel, au même titre que le semi-autobiographique American Graffiti. Bref, tout le contraire d’un produit cynique et mercantile.

Il ne faut peut-être pas aller chercher plus loin les raisons de la connexion quasi mystique entre le Lucas des seventies et son public, « littéralement téléporté dans l’univers du réalisateur, absolument incapable de discerner une boîte de conserve sur roulettes d’un robot ultra-performant, un méchant étouffant sous son casque de la parfaite incarnation du Mal, une marionnette hideusement rabougrie d’un Maître de la Force, ou encore un effet spécial vieux comme le monde d’une épée laser vrombissante »(57). « C’est fait pour les enfants de douze ans ? Nous avons tous douze ans ! » écrivait le critique Henry Béhar au moment de la sortie d’Un nouvel espoir(58). Il aurait du préciser : « à commencer par George Lucas ».

Une espèce d’enthousiasme juvénile parcourt toute la première trilogie, et particulièrement l’Episode IV (le seul, rappelons le, mis en scène par Lucas himself), dont le jusqu’au-boutisme a sans doute été un peu oublié avec les années. 

Car il fallait un sacré culot (doublé d’une bonne dose d’inconscience) pour se lancer dans un projet tel que Star Wars, surtout en  1977, à une époque où la SF fantaisiste était synonyme de ringardise, et où les micro-ordinateurs n’existaient pas plus que les compagnies d’effets spéciaux spécialisées. Mais le jeune chien fou avançant complètement à l’aveuglette aura été au bout de son aventure, donnant naissance, au final, à une œuvre visionnaire qui continue d’impressionner et d’exalter aujourd’hui encore.

Rien à voir, bien entendu, avec la prélogie, malgré toute la sympathie que peut inspirer le créateur revenant, après bien des années, à la source de son succès. S’il fallait chercher un héritier direct à la démarche quasi-suicidaire du Lucas de 1977, il faudrait évoquer le Peter Jackson du Seigneur des anneaux (tiens donc !), qui n’a pas hésité à s’embarquer dans un marathon long de huit ans pour prendre d’assaut un pavé de 1500 pages que tout le monde jugeait inadaptable. Même mise ultra risquée, récupérée au centuple (ou presque). Et ce n’est que justice.  

Ce côté « je-mouille-ma-chemise-et-joue-ma-peau » a malheureusement déserté la nouvelle trilogie, assassiné, ô ironie, par le succès fracassant des Episodes IV, V, VI. Aujourd’hui, Lucas est devenu le mogul surpuissant que l’on connaît tous, à qui rien ne résiste (ni les majors, ni la technologie, ni ses nouveaux collaborateurs, tous dociles et dévoués jusqu’à la mort) et qui n’a plus à prouver quoi que ce soit. Rien de surprenant dès lors à ce que les nouveaux volets semblent le fait d’un auteur blasé, sans enthousiasme, à des années-lumière des fulgurances et des intuitions géniales de l’Episodes IV(59).

Il ne faudra pas non plus s’étonner que Lucas (qui vient de fêter son soixantième anniversaire) ait quelques peines à réveiller l’« Enfant Libre » (ou l’adolescent attardé, si vous n’êtes pas versé dans le vocabulaire psychiatrique) qui sommeille en lui. Là se trouve sans doute l’explication des évidents problèmes de ton dans l’Episode I, où l’on devait sans cesse faire le grand écart entre la solennité imperturbable de personnages sérieux comme des papes (Qui-Gonn Jinn) et les gesticulations puériles d’une espèce de grenouille idiote (faut-il la nommer ?). Ou encore de la maladresse certaine dont fait preuve le cinéaste pour dépeindre la naissance du sentiment amoureux dans l’Episode II.

Finalement, George Lucas serait donc moins un cynique désinvolte qu’un auteur déconnecté de son univers et de son public de base car devenu trop vieux et trop powerful pour simplement redonner vie à ses rêves de gosse. Quelqu’un a dit « tragédie » ?  



Saint George et le Dragon

S’il y a une chose que l’on ne peut pas retirer au Lucas de l’Episode III, c’est bien l’intelligence avec laquelle il dépeint la descente aux enfers d’Anakin Skywalker. Loin des effets ostentatoires et des gros sabots que l’on pouvait craindre, le cinéaste procède au contraire par petites touches, généralement bien vues. L’arrogance un peu forcée de l’Episode II a complètement disparue pour céder la place à un comportement absolument irréprochable. Principalement motivé par l’amour et le désir de bien faire (il obéit scrupuleusement aux ordres, même quand il ne les approuve pas), le jeune Jedi ne commet finalement qu’une seule erreur, qui plus est sur un malentendu. Il n’en faut pas plus pour qu’il devienne, presque à son corps défendant, la machine à tuer que nous connaissons tous. Dans ces instants, la magie et la puissance d’évocation de la première trilogie semble à nouveau planer sur l’œuvre. Pourquoi cette soudaine réussite, sinon parce que Lucas a enfin réinvesti intimement son œuvre comme c’était le cas dans les années 70 ? 



Le basculement d’Anakin Skywalker du Côté Obscur. La grande réussite de Lucas sur l’Episode III et la prélogie en général. Ce n’est pas sans raisons.


« Autrefois, j’essayais de rester indépendant pour faire les films que je voulais faire » avoue Lucas dans le documentaire L’empire des rêves (présent dans l’édition DVD de la première trilogie). « Et cela me forçait à me battre contre le système des sociétés, ce qui me déplaisait. Je ne suis pas heureux que les sociétés gèrent l’industrie du cinéma. Mais je me retrouve maintenant à la tête d’une société. Il y a donc là une certaine ironie. Je suis devenu la chose même que j’essayais d’éviter, ce qui, au fond, est le sujet même de Star Wars, à travers le personnage de Darth Vader ».  

Ainsi, Saint George est devenu le Dragon, et il le sait. On comprend plus aisément pourquoi Lucas, pour une fois dans la prélogie, ait su très exactement où il allait en contant la chute du plus puissant Jedi ayant jamais existé. Mais celle-ci ne va pas sans l’inévitable rédemption. Espérons donc que cette récente preuve d’humilité et de lucidité soit le signe d’un retour imminent du côté lumineux de la Force.

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52 Au cinéma du moins, car si les Episodes VII, VIII et IX sont définitivement abandonnés, l’homme a prévu pour les années à venir pas moins de deux séries TV, sans compter les romans et comics qui continuent de paraître régulièrement.

 

53 Dont certaines auront fini par porter leurs fruits. C’est le cas de James Cameron, qui quitta son job de chauffeur de camion suite à la vision d’Un Nouvel Espoir pour s’improviser responsable des effets spéciaux. Il ne se doutait sans doute pas alors qu’il signerait vingt ans plus tard le film qui mettra un terme au règne de l’Episode IV sur le box-office.

54 Score final : seize amputations et quatre décapitations, plus ou moins bien réparties sur les six volets (L’Episode III en compte pas moins de neuf). A lui seul, le pauvre Anakin Skywalker aura perdu ses deux jambes, ses deux bras ainsi qu’une main artificielle. 

55 Certains y virent toutefois, à l’époque, une réflexion sur l’ère Nixon et la Guerre du Vietnam. Un opinion qui ne nous convainc qu’à moitié (d’ailleurs, nous n’en avons pas parlé jusque là dans ce mémoire, sinon succinctement en introduction). Il est évident que le script d’Un nouvel espoir fut écrit en réaction à la sinistrose générale de la fin de seventies, mais sans doute plus avec le souci de livrer une œuvre joyeuse et exotique, loin des allégories faciles que l’un des modèles de Lucas, J.R.R. Tolkien, détestait par ailleurs (voir chapitre « La petite histoire » dans la seconde partie).

56 in Mad Movies n°100 (mars 1996)

57 Ibid.

58 in Première n° 10 (septembre 1977).

59 Un exemple parmi d’autres : Lucas avait interdit que l’on fasse le ménage sur le plateau de l’Etoile de la Mort, pour ajouter encore plus au réalisme de sa base spatiale.  Idée brillante, mais comment faire pareil … quand on filme intégralement sur fond vert ? 

 

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