New York, Brooklyn, le 16 septembre 2003 :
Premier
épisode : La rentrée des classes de Cinéma
de la Jungle Urbaine
new yorkaise
Tout d’abord, quelques mots sur votre fidèle
serviteur (et Christophe Colomb en herbe à ses heures perdues)
: étudiant en cinéma à Paris 3, je participe
à un échange d’étudiants franco-américains,
qui m’a permis de m’inscrire cette année à
l’université de Brooklyn College.
J’essayerais donc de vous communiquer, semaine après
semaine, les expériences, tuyaux, pièges à
éviter et autres informations pour tous ceux qui s’intéressent
à la façon d’apprendre et de faire le cinéma
Outre-Atlantique.
En parallèle, vous sera proposé un petit
aperçu de l’actualité médiatique à
New York : les films à voir, les navets à
éviter, les séries télé intéressantes,
les dernières nouvelles sur qui fait quoi dans le monde du
cinéma, etc.
Bref, toute info susceptible de vous intéresser et
bien sûr les réponses à toutes vos questions.
Quand on arrive à New York, ce qui frappe en premier lieu,
c’est la manière qu’ont les autochtones d’appréhender
le cinéma ; que ce soit les professionnels ou le public,
tous, à quelques exceptions près, considèrent
le cinéma comme une industrie d’abord et bien après
comme un art.
De ce fait, il faut s’habituer à voir des choses que
l’on n’a pas l’habitude de rencontrer en France
: la pléthore de journaux (Variety, Hollywood Reporter, même
le New York Times) et de sites (boxofficeguru.com,
boxofficemojo.com,
imdbpro.com)
consacrés uniquement à l’aspect business du
septième art. Dans un même ordre d’idées,
les écoles américaines n’apprennent pas à
faire des films, mais à faire de l’argent. Les livres
qui enseignent comment vendre son idée à Hollywood
sont légion, tout comme ceux qui promettent que vous pouvez
y devenir millionnaire grâce à leurs recettes.
Enfin, il n’est pas rare, en cette période de rentrée
scolaire, où toutes les séries télé,
anciennes et nouvelles, se battent pour une part de l’audimat,
de voir des épisodes tournés avec des budgets de long-métrages.
Ainsi Carnivale, la série-phare
de la chaîne HBO,
a bénéficié de plus de 10 millions de dollars
par épisode. Elle en totalisera 13.
Autre
série dont tout le monde parle : K Street,
produite par George Clooney et Steven Soderbergh. Il s’agit
de mettre en scène la vie de personnalités réelles
de l’actualité américaine, dans leur propre
rôle, le tout filmé comme un reportage.
Avec en sus des acteurs professionnels présents à
l’écran pour brouiller les pistes.
Ce qui nous amène à l’absence quasi-totale
de séparation entre politique et spectacle aux Etats-Unis.
Mais ceci sera le sujet de notre prochaine rubrique.
See
you later…
P.S : N’hésitez pas à envoyer
vos commentaires, corrections, suggestions et questions à
tdx4@hotmail.com
New
York, Brooklyn, le 26 septembre 2003 :
Deuxième épisode
: L’automne arrive ; les jeux des médias peuvent
commencer.
Nous
voila donc de retour cette semaine pour un nouvel aperçu
de l’industrie cinématographique américaine
(ou tout du moins new-yorkaise).
En ce moment, le petit monde du cinéma et de la télévision
sont en pleine effervescence ; en effet, c’est maintenant
que les majors hollywoodiennes se préparent à sortir
leur grand jeu pour la fin de l’année en vue des
nominations aux Oscars et aux Golden Globes (à ce sujet,
voir les sites oscar.com
et goldenglobes
respectivement).
D’autre part, le monde du petit écran s’agite
de son côté : la rentrée est la saison où
les nouvelles séries débutent, et les anciennes
reprennent du service (avec, en général, des nouveaux
cachets pour leurs stars).
Comme je vous le disais la semaine dernière, une des séries
qui fait couler beaucoup d’encre (et de pixels) ces jours-ci
est K Street.
Cette série a pour but de filmer la vie quotidienne des
stars de la politique en plaine campagne, avec les politiciens
eux-mêmes dans leur propre rôle.
C’est plutôt bien foutu (normal, le premier épisode
était réalisé par Steven Soderbergh himself),
quoi qu’il faut avoir une connaissance solide de la scène
politique américaine pour suivre.
En réalité, l’intérêt de cette
série réside en ce qu’elle dévoile
du rapport plus qu’ambigu qui lie médias et politique.
Une série comme celle-ci, où la limite entre réalité
et fiction, divertissement et propagande est plus que ténue,
est considérée comme tout à fait normale
par les téléspectateurs américains.
Vous imaginez l’équivalent hexagonal avec Chirac
et De Villepin jouant leur propre rôle ?
Ceci montre bien la différence de perception entre les
deux pays ; aux Etats-Unis, politique et entertainment sont souvent
la même chose, au point où on ne sait plus très
bien qui, de Washington ou Hollywood, courtise le plus les spectateurs.
Cette tendance, inaugurée par le plus que cinégénique
John Kennedy, a vraiment explosé pendant les années
Clinton.
Les chaînes de télé se sont rendu compte que
leur audimat chéri était plus intéressé
par le feuilleton de leur président que par un quelconque
soap-opera. Dès lors, on ne compte plus les séries,
reportages, reality-shows et autres qui se font un plaisir de
mettre en valeur (ou de parodier) l’actualité gouvernementale.
Et je ne parlerais même pas de la candidature d’Arnold
Schwarzenneger pour le poste de gouverneur de Californie…
Du côté du grand écran, les choses sont encore
assez calmes avant, comme je le disais, la tempête des films
à Oscars.
La saison estivale s’est terminée lors du Labor
Day weekend (1e septembre), avec comme grands gagnants au
box-office :
A leurs côtés, nombre de films ont obtenu leur pédigré
officiel de blockbuster, à savoir plus de 100 millions
de dollars de recettes.
Ici, tout se compte en rentrées financières, et
non en nombre de spectateurs.
Toutefois, la méthode française est peut-être
plus juste, car ces millions de dollars amassés ne signifient
pas obligatoirement un succès ; entre la spirale infernale
des budgets hollywoodiens, les pourcentages versés aux
stars (80 millions à Johnny Depp pour Pirates !), les recettes
des exploitants (en moyenne 50% des entrées) et les coûts
des campagnes marketing, les studios sont souvent obligés
de se serrer la ceinture (enfin, se passer de leur jet privé
pour aller faire les courses) en attendant le prochain Titanic
pour les remettre à flot (sans jeu de mots).
Ceci expliquant cela, le prix d’un billet avoisine les 10
dollars.
Et il est inutile de compter sur l’équivalent de
la carte Gaumont ou UGC, ou même sur une quelconque réduction
étudiante ; ici, il faut être riche pour être
cinéphile.
Ce qui ne m’a pas empêché d’aller voir
Lost-in-Translation
de Sofia Coppola et Once
Upon a Time in Mexico de Robert Rodriguez, deux joyaux dont
je vous parlerais la semaine prochaine.
See you later…
P.S
:N’hésitez pas à envoyer vos commentaires,
corrections, suggestions et questions à tdx4@hotmail.com
New
York, Brooklyn, le 6 octobre 2003 :
Troisième épisode
: Le P2P et l'interdiction sur les DVD screeners créé
un remue-ménage à Hollywood
J’aimerais cette semaine vous parler d’une
affaire qui cause beaucoup de remue-ménage (du moins dans
le monde du cinéma), et qui est assez représentative
de l’état actuel de l’industrie hollywoodienne
: il s’agit de l’interdiction des Academy Screeners
par les majors.
Je m’explique : tous les ans, les membres de l’Academy
of Motion Pictures and Sciences (les Oscars, quoi) sont tenus,
avant de voter pour un film, de prouver qu’ils l’ont
vu.
Je sais, ça paraît évident dit comme ça,
mais quand on prend en considération le fait que l’Académie
compte plus de 50000 membres et que chacun doit voir les centaines
de films qui leurs sont proposés, on comprend mieux le
casse-tête logistique que tout cela représente.
Sans parler du fait que les dits membres sont souvent des personnes
d’un âge avancé (pourquoi croyez-vous que les
films d’époque gagnent à chaque fois ?), ce
qui veut dire qu’ils ne vont pas souvent au cinéma,
qu’ils oublient de garder le ticket pour prouver qu’ils
ont vu le film, etc.
Pour
parer à tous ces problèmes, les studios ont pris
l’habitude, chaque fin d’année, d’envoyer
des cassettes de leurs films aux membres. Ainsi, les chances que
ces films soient vus sont maximisées, et, qui plus est,
il n’y a plus besoin de vérifier qui a vu quoi, chacun
ayant sa propre copie du film. Tout cela fonctionnait très
bien jusqu’au jour où les majors se sont dit que
ce serait plus sympa d’envoyer des DVD à la place
de VHS, pour que ces messieurs de l’Académie puissent
visionner ces chef-d’œuvres sur leurs écrans
géants avec du son surround (c’est vrai qu’ils
gagnent bien leur vie, à Hollywood).
Toutefois, ce que les studios n’avaient pas prévu,
c’est qu’au même moment, internet était
en train de révolutionner bon nombre de domaines médiatiques,
et l’un d’entre eux est le piratage de film.
C’est ainsi que, depuis quelques années, certains
petits chanceux équipés de lignes ADSL ont pu voir
la totalité des grosses sorties hivernales américaines
en téléchargeant sur les réseaux de P2P des
copies de ces fameux DVD, aussi appelés screeners.
L’état
de crise fut donc déclaré à Hollywood, et,
cette année, les screeners furent purement et simplement
interdits, que ce soit sous forme de DVD ou de VHS.
Le seul hic, c’est que ces screeners, aussi copiables soient-ils,
étaient souvent le seul moyen qu’avaient certains
petits films indépendants d’être vus, et ainsi
espérer gagner quelques nominations.
C’est pourquoi la totalité des dirigeants des studios
indépendants se sont réunis la semaine dernière
pour protester contre cette décision des majors. Ils prétendent
que, sous couvert de vouloir enrayer le piratage, les studios
en profitent pour minimiser les chances des films indépendants
aux Oscars.
Il est vrai que, depuis quelques temps, les petits films ont tendance
à rafler la plupart des prix, alors que les gros budgets
restent plutôt sur la paille.
Le
comble de l’ironie, c’est que la majorité des
indépendants touchés par cette interdiction sont
tous rattachés à une des majors ; de ce fait, on
assiste à une sorte de dispute enfants-parents (et je ne
vous parle pas des complexes oedipiens que tout cela engendre).
Les studios réellement indépendants, eux, ne se
plaignent pas, et pour cause : l’interdiction ne s’applique
pas à leur cas.
Comme vous le voyez, c’est vraiment le monde à l’envers,
et ce n’est pas prêt de s’arranger.
D’ailleurs, ce statut hybride des indépendants-qui-ne-le-sont-pas-vaiment
est source de maints conflits entre les studios, à commencer
par Pixar et la
maison mère, Disney.
Mais plus d’info sur cela la semaine prochaine…
See
you later…
P.S
:N’hésitez pas à envoyer vos commentaires,
corrections, suggestions et questions à tdx4@hotmail.com
Brooklyn,
New York, le 15 octobre 2003 :
Quatrième épisode : Tarantino sort Kill Bill
après six ans d’attente pour remettre les pendules
à l’heure
 |
Petit
changement de cap pour cette semaine, avec une critique de
film.
Je sais, je sais, il n’y a rien que je déteste
plus que ces pseudos critiques internet qui donnent leur avis
sur un film.
Mais voila, Kill Bill est sorti cette semaine à New
York, et, vu qu’il ne sort pas tout de suite en France,
je me suis dit que vous seriez peut-être intéressé
de savoir à quoi ça ressemble, et la réaction
du public américain face au film.
Site officiel du film : Kill
Bill |
Tout
d’abord, pour replacer les choses dans leur contexte, il
faut savoir que Kill Bill fait partie de cette race à part
de films, les event movies.
Il s’agit là de films-événements, et,
même si ces derniers commencent à faire partie de
notre culture hexagonale, ici ils font pratiquement office de
religion, tant l’attente est grande pour ces quelques films
par an que tout le monde doit avoir vu. N’oublions pas aussi,
que, les budgets promotionnels étant quelque peu plus élevés
ici qu’en France, les américains subissent un véritable
raz-de-marée médiatique les mois précédant
la sortie d’un film comme Kill Bill.
Ajoutez-y le fait que Tarantino, auteur culte par excellence,
n’a rien fait depuis six ans, et vous aurez une idée
de l’hystérie collective qui accompagne la sortie
de ce film.
Alors,
me direz-vous, cette attente est-elle justifiée ?
La réponse, à mon humble avis, et oui et non (je
sais, c’est facile comme réponse).
Oui, car Kill Bill est indéniablement un film de Tarantino,
il porte sa patte unique en tous ses plans, sa construction, sa
symbolique.
Oui, car le cinéaste parvient une fois de plus à
surprendre et innover, ce qui n’est pas aussi évident,
vu le nombre de metteurs en scène qui l’ont copié,
et vu qu’il s’appuie ici sur le genre ô combien
usé du film d’arts martiaux.
Oui enfin, car Kill Bill parvient, comme souvent chez Tarantino,
à brasser un nombre incalculable de genres, d’idées
et de modes narratifs, pour au final créer une œuvre
à part, qui repose sur des bases qui lui sont propres,
et qui, n’en doutons pas, seront reprises par plusieurs
films dans les années à venir.
Dans
ce cas, en quoi tiennent les ‘non’?
Disons juste que, devant un tel étalage de génie
(n’ayons pas peur des mots), on pardonne moins facilement
certaines faiblesses.
La plus importante tient à la longueur ; au départ,
Kill Bill était prévu comme un seul film, mais,
Tarantino étant la poule aux œufs d’or chez
Miramax, les producteurs (les frères Weinstein) l’ont
laissé sortir son opus en deux parties.
Toutefois, ce qui fait sens commercialement, ne vaut pas pour
autant artistiquement.
Ainsi le film est vraiment, vraiment long, et on a la nette impression
que certaines scènes auraient du rester dans le chutier.
Et puis il y a également le problème du scénario
: ce film n’en a presque pas.
D’accord, le cinéaste essaye d’émuler
les films d’action asiatiques, qui ne sont pas réputés
pour leur finesse dramaturgique ou leurs dialogues.
Mais en appliquant ces recettes à l’échelle
hollywoodienne, avec ce qu’elle comporte de gros budget,
de stars et de qualité visuelle, le film crée une
disparité entre ses moyens de production et ses ambitions
artistiques.
Dans
tous les cas, ces quelques défauts ne semblent pas gêner
la carrière commerciale de Kill Bill, qui a engrangé
22 millions de dollars le premier week-end, ce qui plutôt
bien pour un film interdit aux moins de 17 ans.
Reste à savoir si autant de spectateurs vont se ruer pour
voir le second volet en février, mais, vu la cote de sympathie
dont Tarantino bénéficie auprès du public,
il a peu de souci à se faire.
See
you later…
P.S
:N’hésitez pas à envoyer vos commentaires,
corrections, suggestions et questions à tdx4@hotmail.com
Brooklyn,
New York, le 20 octobre 2003 :
Cinquième épisode : Brooklyn College, où comment
étudier le cinéma à New York
Sur
les conseils de notre cher ami et webmaster Artno 2.0, je vais
cette semaine vous décrire quelque peu mon expérience
en tant qu’étudiant à Brooklyn
College depuis que je suis arrivé au mois de septembre.
De cette façon, vous pourrez avoir un aperçu du
fonctionnement des universités de cinéma américaines,
même si ces informations ne concernent que Brooklyn College,
une fac parmi des milliers d’autres aux Etats-Unis.
Tout
d’abord, voici une brève description du système
éducatif, du moins en ce qui concerne les études
de cinéma. A New York, comme dans tout autre état
américain, les étudiants s’orientent très
naturellement vers l’université de leur ville, car
celles-ci sont gratuites pour les résidents de l’état.
Ceci vaut pour toutes les facs, excepté les plus demandées,
y compris les fameuses Big Five (NYU
- , Columbia - , UCLA
- , USC - et AFI
), c’est-à-dire le gratin des écoles de cinéma),
qui sont payantes.
Et quand je dis payantes, je veux dire payantes : 30,000 $ l’année
en moyenne ! Enfin, il y a des écoles privées, dont
les prix (et la qualité d’enseignement) varie énormément.
Dans tous les cas, le nombre d’écoles qui enseignent
le septième art aux Etats-Unis est tout bonnement ahurissant,
mais il ne faut pas non plus oublier que les aspirants cinéastes
sont eux aussi légion.
En
ce qui concerne Brooklyn College, il s’agit d’une
université de bonne renommée, même s’il
est clair qu’elle ne peut rivaliser à ce niveau avec
NYU. En fait, elle est considérée comme la meilleure
fac de cinéma publique de New York.
Les cours se divisent en deux cursus distincts : le cursus théorique,
dit film studies, et le cursus pratique, dit film production.
Cette dichotomie, présente dans beaucoup d’universités
américaines, a l’avantage de permettre à chacun
d’étudier ce qu’il désire, contrairement
à la France où, à mon avis, on n’a
trop souvent l’un ou l’autre mais pas les deux.
Les
études de cinéma durent trois à quatre ans,
et suivent un cheminement assez spécifique : elles ont
pour but de former des professionnels plus que des esprits critiques.
Ici, point (ou peu) de discussions philosophiques sur le discours
des images ; la plupart des cours ont une orientation concrète.
Ce que les américains privilégient, c’est
ce qu’ils appellent la hands-on approach, littéralement
mettre la main à la pâte. Dès lors, les exercices
techniques prennent le pas sur la lecture d’ouvrage, et
les étudiants préfèrent tourner que visionner
des films.
Attention, ceci ne veut pas dire que les américains n’ont
que faire de la théorie ; c’est juste qu’ici,
rares sont ceux qui ne veulent pas travailler sur des tournages
dès l’obtention de leur diplôme.
D’ailleurs,
presque tous les enseignants (surtout dans le cursus pratique)
travaillent ou on travaillé dans le cinéma. Certains
ont même collaboré à des grosses productions,
ce qui leur permet de parler d’Hollywood en connaissance
de cause. Les cours sont assez clairs et concis, chacun traitant
d’un aspect particulier du métier, de façon
à ce que chacun y trouve son compte. Par contre, le matériel
disponible, même s’il n’est pas aussi pauvre
que celui des facs françaises, n’est pas vraiment
extraordinaire : quelques caméras 16mm, pas mal de caméras
miniDV (y compris le camescope Panasonic 24p), et beaucoup de
monde qui se dispute tout ça.
Mais bon, je suppose que c’est le cas de la plupart des
écoles de cinéma à travers le monde. Les
stages proposés, quant à eux, sont très intéressants,
surtout depuis que les studios ont compris que les universités
étaient des viviers de stagiaires qualifiés et pas
trop chers.
Du coup, il n’est pas impossible de trouver des stages chez
Miramax, HBO
ou la Warner.
Dans
l’ensemble, je dirais qu’étudier le cinéma
aux Etats-Unis est certainement une expérience à
part, qui peut être enrichissante ou décevante, en
fonction de ce que l’on vient y trouver. Pour ceux qui seraient
tentés, il faut faire attention aux nombreuses «
écoles » dont le prix est inversement proportionnel
à la richesse d’enseignement. Il est donc nécessaire
de bien se renseigner à l’avance pour savoir quelles
sont les meilleures écoles ou universités qui offrent
les cours qu’on désire suivre. Et n’oubliez
pas, pour ceux d’entre vous qui sont étudiants, que
de nombreux programmes d’échanges, bourses et autres
aides financières permettent de venir étudier à
New York (ou ailleurs) presque gratuitement. Bien sûr, ensuite,
il faut surmonter les difficultés qui surviennent quand
on recherche du travail, mais je vous parlerais de cela plus en
détail une prochaine fois. En attendant,
see
you later…
P.S
:N’hésitez pas à envoyer vos commentaires,
corrections, suggestions et questions à tdx4@hotmail.com
Brooklyn,
New York, le 29 octobre 2003 :
Sixième épisode : quelques mots sur les salles de
cinéma new-yorkaises
Toujours soucieux
de vous faire découvrir des facettes différentes
de la vie new-yorkaise, je vais vous parler cette semaine de ces
points cardinaux de rencontres socio-culturels propres à
chaque grande ville : les cinémas.
Il est vrai que, il y a dix ans à peine, les différences
entre les distributors new-yorkais et les salles parisiennes étaient
flagrantes, mais aujourd’hui, avec l’avènement
des multiplexes dans l’hexagone, elles sont devenues moins
importantes.
Toutefois, certaines distinctions, liées principalement
aux cultures de chaque pays, subsistent.
Premièrement, la façon dont les spectateurs considèrent
le cinéma ici n’est certainement pas la même
que leurs homologues français.
A New York, et à plus forte raison dans le reste des Etats-Unis,
le septième est synonyme avant tout avec l’entertainment.
Cette notion de dépaysement, que l’on rencontre bien
évidemment dans les films que les américains produisent,
est également présente dans la façon de consommer
les dits films.
Et j’utilise le terme ‘consommer’ au sens propre
: la majorité du public considèrent que le cinéma
n’est qu’un produit de consommation parmi d’autres,
un moyen de remplir sa soirée du vendredi. Certes, le phénomène
existe aussi en Europe, mais ici il a une toute autre ampleur.
Peu importe la qualité du film, les spectateurs en veulent
avant tout pour leur argent, et il faut que chaque produit cinématographique
respecte un cahier de charge précis et inhérent
au genre auquel il appartient : de l’action pour les blockbusters,
de l’émotion pour les histoires d’amour, de
la musique à la mode pour les films d’ados, etc.
Ce qui nous amène à une autre différence
: à New York, pourtant considérée comme la
capitale culturelle du pays, les films d’art et d’essai
sont marginalisés à l’extrême.
Et n’allez pas croire que je parle juste de cinéma
expérimental ; ici, tout film qui ne rentre pas dans les
critères commerciaux est considéré automatiquement
comme un art film, et de par là même réservé
à une élite de cinéphile.
Quand Le Fabuleux
Destin d’Amélie Poulain ou Le
Pacte des Loups sont distribués, par exemple, il ne
sortent que dans des salles spécialisées, avec peu
de promotion.
Il n’y a que si le bouche-à-oreille fonctionne que
ces films pourront transcender leur statut de films artistiques
et être projetés dans les plus grandes salles.
D’ailleurs ces fameuses grandes salles sont vraiment, vraiment
grandes : de véritables immeubles reconvertis en cinémas.
Imaginez les Ciné-Cités d’UGC, en plus vaste,
disséminés un peu partout dans la ville. Tout est
à une autre échelle : le pop-corn, bien sûr,
mais aussi les écrans, les sièges, etc. Autre détail
amusant : avant la projection de chaque film, le public a droit
à 20 minutes d’émissions télévisées,
formatées pour les salles obscures. Aussi, il n’est
pas rare de payer pour voir un film, être déçu
par ce dernier, et tout simplement se balader dans le cinéma
à la recherche d’une œuvre meilleure.
Les grands distributeurs, quant à eux, sont au nombre de
quatre : UA,
Loews, CC et AMC.
Ils se partagent le circuit de distribution à travers le
pays, et terrorisent les studios avec leurs demandes et exigences.
Ainsi, la moitié des recettes d’un film en première
exclusivité leur revient de droit. Si l’on prend
en compte les revenus provenant de la vente des confiseries et
des boissons, on en déduit rapidement que ces grands distributeurs
n’ont pas trop de souci à se faire au moment de remplir
leur feuille d’impôts.
Ah, il est révolu le temps béni pour les studios
où ils possédaient également les salles de
cinéma ; aujourd’hui, à leur plus grand regret,
ils sont obligés de se partager les millions de dollars
de revenus avec les distributeurs. Du coup, les majors misent
tout sur le merchandising et les produits dérivés
de leurs films.
Mais cela, je vous en parlerai une prochaine fois.
see
you later…
P.S
:N’hésitez pas à envoyer vos commentaires,
corrections, suggestions et questions à tdx4@hotmail.com
Brooklyn,
New York, le 22 novembre 2003 :
Septième épisode : Caméra, moteur,
action, on tourne (un court-métrage) !
Tout d’abord,
désolé pour le silence radio des deux dernières
semaines.
J’étais occupé à tourner un court métrage
pour l’école, et je voudrais en profiter pour vous
décrire comment se passent les tournages de films étudiants
(c’est-à-dire fauchés) à New York.
D’ailleurs, ces infos sont valables également pour
tout court métrage indépendant, car quiconque possède
une caméra ici fait son film, et les filières (ainsi
que les galères) sont plus ou moins les mêmes.
Commençons
par début, à savoir le financement. Si, à
Paris, tout réalisateur consciencieux va probablement essayer
d’obtenir des aides externes pour ses projets, ici il n’en
est rien ; New York est, ne l’oublions pas, la Mecque de
la libre entreprise, la capitale du just do it. Ainsi, dire que
les aides destinées aux jeunes réalisateurs sont
distribuées avec parcimonie est un euphémisme. Dans
cette ville, chacun puise ses budgets au même endroit :
dans ses propres poches. Ceci expliquant cela, les tournages en
pellicule sont minoritaires face aux productions dv.
Tout
cela ne veut pas dire que les courts métrages tournés
à New York sont de mauvaise qualité, loin de là.
Car, malgré l’absence de financements officiels,
il existe de réels avantages à tourner ici.
Tout d’abord, monter une équipe non rémunérée
est tout aussi facile qu’en France, sinon plus. Vu le nombre
d’étudiants avides de travailler sur des projets
en tous genres pour étoffer leur bande démo, il
n’est pas nécessaire de chercher très loin
pour trouver des collaborateurs relativement qualifiés
et surtout très motivés.
Ceci vaut aussi pour les castings : si, à Paris, il n’est
pas trop compliqué de trouver des comédiens pour
ses courts, on a ici accès à une véritable
manne de talent. En mettant une annonce sur des sites tels que
nycastings, mandy
et craigslist (attention
ce dernier n’accepte pas les annonces de travail non rémunéré,
il faut donc tricher en proposant des rôles à un
dollar), on reçoit le jour même des dizaines de réponses,
la plupart de comédiens professionnels.
Il faut juste faire attention, comme pour tout autre poste du
tournage, aux personnes appartenant aux syndicats et aux guildes,
car les exigences de ces dernières sont assez strictes.
En tout cas, la disponibilité de tant d’acteurs constitue
une bonne indication de la pénurie de travail pour eux
à New York. Et encore, il paraît que Los Angeles
est pire.
Enfin,
pour ceux qui aiment construire leurs propres décors, la
Big Apple pullule de magasins en tout genre où l’on
peut trouver tout ce qui faut pour faire un film à prix
cassé.
Canal Street, située au cœur de Manhattan, est ainsi
une véritable foire aux objets, avec des magasins comme
Industrial Plastics, Pearl Paint pearlpaint
ou encore Home Depot en banlieue homedepot
où l’on peut trouver tout les matériaux et
accessoires, sans se ruiner.
L’équipe
est maintenant constituée, les acteurs castés, les
accessoires loués ou achetés, les décors
construits ; le tournage est prêt à commencer, avec
ses spécificités et ses difficultés propres.
Mais pour savoir comment les tournages de court-métrages
se passent à New York, rendez-vous la semaine prochaine.
see
you later…
P.S
:N’hésitez pas à envoyer vos commentaires,
corrections, suggestions et questions à tdx4@hotmail.com
Brooklyn,
New York, le 1 décembre 2003 :
Huitième épisode : Tournez
manège...
La
dernière fois je vous ai parlé de la préproduction
du court-métrage que je viens de tourner. J'aimerais vous
présenter cette semaine le tournage à proprement
parler, et comparer les similitudes et différences avec
les tournages français.
Commençons
par les points communs, ou plutôt devrais-je dire LE point
commun: pratiquement tous les films étudiants qui se tournent
ici se font avec des budgets ridicules, tout comme leurs homologues
français. Exception faite des courts tournés pour
les grandes écoles (certains films étudiants à
NYU coûtent jusqu'à 100.000 $), tout les autres logent
à la même enseigne, à savoir budget limité.
Très, très limité.
Toutefois,
à New York comme à Paris, la débrouille prend
très vite le dessus sur les soucis financiers, et les réalisateurs
en herbe parviennent à faire des court-métrage parfois
excellent malgrè (ou à cause de) leur pénurie
bugétaire.
Plusieurs facteurs y contribuent, et ils sont ici encore plus
présent qu'en France.
Au
niveau des acteurs, comme je vous le disais la dernière
fois, le choix ne manque pas, et les sites internet de castings
pullulent de comédiens talentueux prêts à
travailler gratuitement. La même chose vaut pour la constitution
des
équipes; ces mêmes sites (nycastings,
mandy et craigslist)
permettent également de recruter des chef opérateurs,
assistants réalisateurs, accessoiristes, décorateurs,
etc. dans des conditions similaires, même s'il est parfois
difficile de jongler avec les plannings de tout le monde. Puis,
les écoles de cinéma n'étant pas spécialement
rares à New York, il est assez simple de profiter d'une
main d'oeuvre certes relativement inexpérimentée,
mais très enthousiaste et moins propre à rouspeter
pour les heures sup, tant que le tournage n'est pas à court
de coca et de pizza.
Une
différence qui m'a frappé concerne la répartition
des tâches sur un tournage.
Vu le système ultrarigide qu'imposent les syndicats sur
les grosses productions, je craignais que chacun soit cloîtré
dans son poste et refuse de faire quoi que ce soit d'autre. J'ai
donc eu l'agréable surprise de découvrir que, encore
plus qu'en France, la plupart des jeunes gens travaillant ou étudiant
le cinéma sont râvis de travailler sur plusieurs
postes différents, parfois en même temps. Quiconque
a déjà tourné un court non professionnel
doit savoir à quel point cette souplesse est appréciable.
En
fait, je pense que la principale divergence tient plus à
l'opposition de la mentalité française et américaine:
à la prudence et l'organisation hexagonale s'oppose l'entrain
et une certaine désinvolture, chaque
systèmeayant ses avantages et ses faiblesses. Je pense
que les français
prennent plus le temps de réfléchir, ce qui aboutit
à des films plus profonds, mais cela veut aussi dire que
l'on tourne relativement moins souvent. Alors qu'ici, au pays
du 'Just Do It', on fait des films plus rapidement, en se posant
moins de questions, où l'entertainment prime avant tout
et le scénario n'est pas toujours la priorité.
A
chacun de trouver la façon de travailler qui lui convient
le mieux. Dans tous les cas, faire des films n'est jamais facile,
et ce quel que soit le pays où on les tourne.
see you later…
P.S : N’hésitez
pas à envoyer vos commentaires, corrections, suggestions
et
questions à tdx4@hotmail.com
|