Avec plus de 30 millions de clips diffusés quotidiennement, YouTube surclasse Apple, Google et Yahoo sur le secteur convoité de la vidéo sur Internet. Démarré il y a moins d'un an, cette start-up Internet de 22 personnes, que certains surnomment à tort le "Napster de la vidéo", est entièrement gratuit. Rencontrés à l'occasion de la conférence PC Forum, les co-fondateurs de YouTube, Steve Chang et Chad Hurley, expliquent comment ils comptent monétiser ce succès d'audience auprès de généreux sponsors et comment ils entendent combattre le téléchargement illégal de clips sur leur site.

D'où vous est venue l'idée de créer YouTube ?

Steve Chang. C'était l'année dernière, à la suite d'une soirée où nous avons tourné plusieurs séquences vidéo: nous nous sommes rendus compte de la difficulté de partager ces clips avec nos amis et nos familles. Il n'y avait pas de sites où les télécharger; et puis, il fallait avoir les bons lecteurs multimédias et les bons codecs pour les visualiser. On a donc commencé à réfléchir à un service qui soit 100% Web - c'est pour cela que nous utilisons Macromedia Flash - et où il serait facile de mettre ces vidéos à disposition, de les partager, d'y ajouter des commentaires et de les noter. Aujourd'hui, nos utilisateurs déposent plus de 30.000 vidéos par jour sur YouTube et nous diffusons plus de 30 millions de clips quotidiennement. Techniquement, cela nous a obligé à développer un logiciel de supervision sous Linux déployé sur des centaines de serveurs loués et répartis un peu partout dans le monde. Car la moitié de notre trafic vient de l'extérieur des Etats-Unis. Une des raisons de ce succès, je crois, vient du fait que nous offrons la possibilité aux gens d'inclure les vidéos que nous hébergeons sur leurs pages Web ou sur leurs blogs.



AOL et NBC vous ont récemment demandé de retirer des clips qui avaient été téléchargés illégalement sur YouTube. Quelle est votre politique en matière de copyright?

Chad Hurley. Dans la licence d'utilisation que tous nos utilisateurs sont obligés d'accepter, nous spécifions bien qu'il est interdit de télécharger sur notre site des clips vidéos protégés par le copyright, comme des films ou des séries télévisés. On se rend évidemment compte que cela ne suffit pas. Nous sommes donc en train de développer des outils pour aider les propriétaires de contenus à identifier les morceaux piratés sur notre site. Par ailleurs, nous limitons aujourd'hui à 10 minutes la durée des clips sur YouTube (contre 100 Mo avant). On s'est rendu compte que les internautes passent généralement de 2 à 3 minutes à visualiser une vidéo, guère plus.

Aujourd'hui, le stockage et la consultation des clips vidéo sur YouTube sont gratuits. Comment comptez-vous gagner de l'argent ?

Chad Hurley. D'abord, notre objectif est de conserver le principe de la gratuité, ce qui nous distingue d'iTunes ou de Google Vidéo. Car pour nous, permettre à des artistes de recevoir un feed back aussi large que possible de la communauté YouTube, est bien plus important que d'essayer de se rémunérer sur les clips. On se garde bien sûr la possibilité d'inclure des liens sponsorisés. Mais on préfère avoir des sponsors comme Nike, les studios de cinéma ou les chaînes de télévision comme MTV ou SkyTV en Angleterre. Ils payent pour faire la promotion de leurs contenus et pour que leurs vidéos soient bien mises en valeur. Et ils y ont intérêt, car autrement leurs clips seraient noyés parmi les milliers d'autres téléchargés quotidiennement sur notre site. YouTube a donc vocation à devenir à la fois un outils promotionnel pour les fournisseurs de contenu et les grandes marques, et un site de partage gratuit pour les clips personnels.

Source : Propos recueillis par Jean-Baptiste Su : La newsletter hightech de l'Expansion : 17/03/06

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