2) Les séries

Le feuilleton télévisé

C'est un genre un peu délaissé de nos jours, qui est né directement de la réduction dramatique d'un genre littéraire. Au dix-neuvième siècle et au début du vingtième, de nombreux romans étaient publiés dans des journaux sous forme de feuilleton. Le feuilleton télévisé est une fiction en plusieurs épisodes, rythmé par la division épisodique.

En clair, chaque épisode est la continuité du précédent et se termine en laissant une question en suspens, le téléspectateur attend avidement l'épisode suivant pour voir " ce qui va se passer ".

Le soap opera

C'est un peu la déclinaison moderne du feuilleton. C'est aussi une série dont le final reste ouvert à la fin de chaque épisode. Chaque épisode ouvre des questions narratives qui se résoudront dans les épisodes suivants, il a généralement une durée inférieure à 30 minutes. Le soap opera est un genre qui se base entièrement sur le dialogue entre les personnages : l'image est statique et presque toute l'information passe par ces " discussions ".

En général, l'histoire met en scène deux familles rivales et les personnages sont divisés en deux clans : " les bons " et les " méchants ". Les trames narratives se mêlent les unes aux autres, car les personnages sont très nombreux. Le rythme est lent, car le temps virtuel de l'histoire est sensé coïncider avec le temps réel. Prenons cet exemple : on voit discuter deux personnages dans un premier lieu, puis, une seconde scène montre deux autres personnages, dans un second lieu, dont la conversation est sensée se dérouler " pendant ce temps ". Le nombre d'épisodes d'un soap opera est innombrable et le public visé est essentiellement féminin. Il y est beaucoup question d'amour et de haine, de complot et de vengeance, d'adultère, d'enfants illégitimes…

C'est un genre très prisé aux Etats Unis et au Brésil, les exemples sont nombreux, " Les feux de l'amour " pour n'en citer qu'un. Ce genre de fictions est diffusé dans le monde entier.

Notons tout de même que France 2 a fait une tentative de soap opera " à la française " il y a quelques années : " Cap des pins ", mais l'audience n'a pas vraiment suivi.

La sitcom

C'est une série d'épisodes relativement courts (20-25 minutes), basée sur des dialogues comiques entre les personnages et des situations cocasses, à la limite du vaudeville. C'est un genre inspiré du théâtre et qui respecte beaucoup de ses conventions. Les décors sont peu nombreux et les mêmes dans tous les épisodes. Les tournages s'effectuent en présence d'un public. C'est la raison pour laquelle les scènes sont ponctuées de rires, les dialogues sont d'ailleurs écrits en prévision de cette réaction du public. Dans une sitcom, les auteurs créent des personnages qui sont des stéréotypes de la société et ils les couvrent de ridicule en mettant l'accent sur leurs défauts, leurs caractères.

Les thèmes abordés le plus souvent sont ceux de la famille (" Madame est servie ", " Cosby show "), ou d'un groupe d'amis, ce qui revient un peu au même puisqu'ils recréent justement une structure familiale (" Friends ", " Jessie ").

L'écriture de sitcom est très réglementée, il y a de nombreuses conventions. Par exemple, chaque épisode doit contenir une intrigue principale et deux sous-intrigues, il faut tenir compte des coupures publicitaires dans l'organisation du récit, les épisodes doivent être bouclés afin que l'on puisse les regarder indépendamment les uns des autres. Il y a une quinzaine de scènes par épisode, un gag toutes les deux minutes et une nouvelle information (ou un renversement de situation) toutes les trois minutes.

Certaines sitcom sont écrites autour d'une star, par exemple, " Geena " pour l'actrice Geena Davis, ou " Cybill " pour Cybill Shepherd.

C'est un genre typiquement américain mais la France s'essaie régulièrement à cet exercice. Dans les années 90, Messieurs Azoulay Berda, les fondateurs de AB Production ont lancé une bonne dizaine de produits, dont " Hélène et les garçons ", mais ces séries n'étaient pas tournées en public et s'adressaient à un public très jeune. Depuis quelques années, Canal+ s'est lancé dans l'aventure, en respectant les conventions du genre, mais un seul des essais de la chaîne a connu le succès : " H ", parce que la série est construite autour de stars.

Voir l'article écrire une sitcom.

La série à " gags "

Un nouveau genre de série est récemment apparu sur nos écrans. Elle est proche du sitcom dans l'esprit, puisque basée sur le burlesque des dialogues. Il n' y a qu'un décor pour toute la série (" Caméra café "), ou tout du moins, pour tout l'épisode (" Un gars, une fille "). Le format est très court (environ 5 minutes) et chaque épisode présente une succession de gags autour d'un thème unique. Les personnages illustrent un aspect quasi universel du quotidien : dans " Un gars, une fille ", il n'est question que des deux personnages, des petits travers de la vie de couple, et, dans " Caméra café ", il s'agit des relations au sein d'une moyenne entreprise.

La série à héros récurrent

La série toute entière tourne autour de son protagoniste. Chaque épisode de 90 minutes est indépendant des autres et narre une histoire particulière de ce personnage. La série est en général centrée sur la profession du héros : un commissaire de police (" Navarro ", " Julie Lescaut "), un instituteur (" L'instit "), une kinésithérapeute (" La kiné ")…

L'intrigue principale tourne donc autour d'un évènement professionnel, une mission, une enquête… et les sous intrigues illustrent la vie privée du héros et ses relations avec ses collègues. Le héros récurrent est un personnage fédérateur et intègre, le public doit se sentir proche de lui, s'identifier et l'admirer. C'est un personnage humain par certains côtés, quand il rentre chez lui le soir, il mène la vie de " monsieur tout le monde ", mais, dans le cadre de sa profession, c'est un héros, un exemple.

L'auteur n'a pas une grande liberté en ce qui concerne la caractérisation de ce personnage, il n'a pas le droit de montrer ses faiblesses, ses égarements, ses vices cachés, le héros récurrent est, par certains côtés, lisse, aseptisé. Le succès de ce genre de fiction tient dans la fidélité, à tous les niveaux : le héros ne change pas au fil des épisodes, l'heure et le jour de diffusion restent fixes. La diffusion classique est d'un épisode tous les quinze jours, ou d'un par mois. Mais, en ce qui concerne la forme, la structure du scénario, elle s'apparente tout à fait à celle d'un unitaire.

La série de 52 ou 90 minutes

La série avec des épisodes de 90 minutes pourrait être comparée à une collection. Chaque épisode est écrit comme un unitaire et reste indépendant des autres. Le point commun de tous les épisodes, c'est qu'on y retrouve les mêmes personnages, généralement, un groupe, ou un duo. Il y a beaucoup moins d'épisodes que dans les autres cas de séries, seulement quelques uns (quatre ou six) par saison. C'est un format qui permet tous les genres (policier, comédie…) mais il n'est pas très courant en France. Citons tout de même " Les duettistes " (TF1) ou " Une famille formidable " (TF1) ou encore, " Nestor Burma " (France 2) et " Boulevard du Palais " (France 2).

La série avec des épisodes de 52 minutes est quant à elle un format très courant. A noter qu'aux Etats-Unis, les épisodes ne durent en fait que 40 minutes à cause des deux coupures publicitaires. Ce format s'applique à absolument tous les genres d'histoires :

· Policier : " Police District ", " Brigad ", " Les rues de San Francisco " · Détective : " Magnum ", " Chapeau melon et bottes de cuir " · Fantastique : " Buffy contre les vampires ", " X-Files " · Thriller : " Profiler " · Comédie romantique : " Dawson " · Jeunesse : " Flipper "

Chaque épisode a sa propre intrigue, avec une structure en trois actes, et donc, une résolution. Le héros peut-être un seul personnage, un duo ou un groupe. La série se décline. Une saison peut représenter une espèce de large structure narrative, c'est à dire une intrigue qui se profile au fil des épisodes, indépendamment de l'intrigue propre à l'épisode, et qui, sera résolue à la fin de la saison (voire parfois, de la série elle-même). C'est le cas dans " Buffy " par exemple, dans chaque saison il y a un " super méchant " qui se dévoile au fil de certains épisodes, même si l'héroïne doit, dans chaque épisode, combattre contre un ennemi précis et le vaincre. Dans une série de ce genre, dont la programmation est hebdomadaire, l'ambiance (décors, lumière, effets spéciaux, costumes, musique) et le ton (humour, angoisse…) sont primordiaux pour donner une unité à l'œuvre.

Copyright©Nathalie Lenoir 2002

 

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