La Gazette des Scénaristes n° 29
Ecrire ensemble ou mourir ?

Alors, encore une fois, tout ne serait-il qu’une question de moyens financiers ? La qualité aurait-elle le prix du plus fort et sans millions, point de séries feuilletonnantes dignes de nos dimanches soirs télévisuels ?

Surfant sur la vague du 52’, les chaînes françaises nous abreuvent en prime time de médecins plus ou moins spécialistes, de voisines glamour et perverses, d’agents secrets à la journée, de rescapés crashés ou encore d’évadés tatoués. Leur point commun : ce sont tous des Américains.

Et de ce côté-ci de l’Atlantique, où en est-on ?

Titillés par le succès planétaire de ces histoires tournées comme des opus cinématographiques et, il faut bien l’avouer, à l’efficacité redoutable, nos auteurs s’essayent à reproduire cette technique novatrice - pour tout le monde ou presque - de l’écriture en atelier.

Mais la création collégiale n’est pas la panacée pour une industrie qui, en France, n’en a pas le poids. Il ne suffit pas de multiplier les plans léchés ou d’engager une star du grand écran pour s’assurer un succès. Le scénario, heureusement, l’emporte encore haut la main. Et il se paye, d’autant plus cher qu’il naît d’esprits multiples. Dans une série comme NYPD Blue ou Desperate Housewives, le budget d'écriture est égal à 10 et 12% du budget total, là où, sur Avocats & Associés ou PJ, on culmine à 5%.

Avant d’épouser la méthode, peut-être faudrait-il, messieurs les producteurs, redéfinir la stratégie. À l’UGS au moins lançons-nous déjà le discours…

Prise de conscience

Depuis moins d'un an, toutes les chaînes françaises, même TF1, nous abreuvent en prime time d'experts portés disparus, de voisines glamour mais désespérées, d’agents secrets à la journée, de rescapés crashés ou encore d’évadés tatoués. Leur point commun : ce sont tous des Américains et leurs histoires durent 52 minutes.
Titillés par ce succès planétaire, les producteurs et les chaînes françaises, qui rêvent de voir ça en France, lancent tous azimuts des projets de série, et tout le monde (re)découvre le secret de l'écriture des séries feuilletonnantes : en atelier, à plusieurs. Écrire ensemble pose une multitude de problèmes économiques, artistiques et organisationnels. Dans une série comme NYPD Blue ou Desperate Housewives, le budget d'écriture représente 10 à 12% du budget total, là où, sur Avocats & Associés ou P.J., il culmine à 5%; pour animer des ateliers, il faut des auteurs qui savent le faire, des producteurs qui comprennent comment ça marche et des diffuseurs qui en acceptent le coût.

On en est encore loin.
Nous vivons un moment charnière, passionnant et angoissant : on ne peut plus fonctionner comme avant (produire des prototypes à l'ancienne), mais on ne sait pas encore industrialiser un parti pris d'auteur. Le temps est donc venu, pour La Gazette, de faire une radioscopie des ateliers d'écriture qui existent aujourd'hui, afin de donner aux scénaristes des atouts pour comprendre l'évolution en cours et à tous les professionnels de la fiction TV des clés pour avancer ensemble.

Laurent Mersier


La Gazette des Scénaristes est un trimestriel, 100 pages, tout en couleurs, vendu 7,50 euros dans tous les bons kiosques et sur le site des éditions Dixit

 

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