Colloque international
L’auteur de cinéma : histoire et archéologie d’une notion

Présentation:

L’auteur : critiques et cinéphiles ont, depuis un demi-siècle au moins construit dans l’imaginaire collectif une mythologie du cinéma entièrement édifiée sur cette figure héroïque. L’histoire du cinéma s’est à son tour largement appuyée sur cette mythologie. Jamais cette notion d’auteur pourtant complexe ni ce processus de sacralisation n’ont pourtant fait l’objet d’une véritable histoire. C’est de cette histoire et de cette complexité que les organisateurs de ce colloque veulent aujourd’hui rendre compte.

Il s'agit de s'inscrire dans une démarche qui est celle de l’histoire culturelle du cinéma et qui refuse donc de choisir entre le cinéma-art et le cinéma-industrie, considérant d’une part que la notion d’art cinématographique elle-même doit être objet d’histoire, en ce qu’elle constitue une thématique majeure de l’histoire culturelle du XXe siècle, et d’autre part que l’histoire de l’industrie et du commerce cinématographiques est inséparable de cette histoire de l’art. A ce titre, l’histoire culturelle du cinéma s’intéresse au cinéma “ populaire ” comme au cinéma “ d’auteur ” (catégorie elle-même sujette à historicisation), son but n’étant pas de reproduire ni a fortiori de justifier les hiérarchies cinéphiles, mais précisément de comprendre les conditions d’élaboration de ces hiérarchies.

C’est donc dans une perspective généalogique que sera envisagée la notion d’auteur de cinéma. La célèbre “ politique des auteurs ” ne sera pas le fil rouge de ce colloque, mais sera envisagée comme un moment dans l’histoire de la notion d’auteur ; un moment qui a connu une fortune certaine mais qui, pour être situé au milieu de l’histoire du cinéma, ne se situe pas nécessairement en son centre et doit être, à son tour, objet d’histoire.

Deux grands axes sont donc envisagés pour ce colloque : une réflexion sur l’archéologie de la notion d’auteur d’une part, une étude de la fabrique du film d’autre part, où se joue l’agencement entre le collectif et l’individuel, essentiel dans la construction et la perception de la figure de l’auteur. Il s’agit donc de réintroduire de la complexité dans un objet d’étude trop souvent encore abordé sous l’angle hagiographique. De ce point de vue, et pour contextualiser la notion d’auteur, le colloque privilégiera les approches transversales sur un groupe de cinéastes, une cinématographie nationale ou un système de production, même si l’approche individuelle est bien entendu nécessaire dans certains cas.

Les propositions d'intervention pourront répondre aux questions suivantes :

1. Comment s'est élaborée juridiquement de la notion d’auteur, qu'en est-il des luttes pour les droits d’auteur depuis les premiers temps du cinéma, des débats autour de la reconnaissance en paternité du film, des enjeux corporatifs qui président à la construction de la notion d'auteur de film ?

2. Quelles sont les grandes étapes de l’histoire de la notion ? Comment ces étapes s'articulent-elles les unes par rapport aux autres ? Les années 1920, les années 1930, les années 1950-60 et la Nouvelle Vague ont contribué à l'élaboration de modèles distincts de la notion d'auteur ; qu'en est-il de la diffusion et de l'évolution du modèle “ Nouvelle Vague ” depuis les années 50, des contre-modèles portés par le cinéma “ populaire ” des années 1970-90 ?

3. De Stroheim à Lelouch, en passant par Gance, Guitry, Mocky, Kubrick ou Eastwood, quelles sont les différentes figures de l'auteur tout puissant, maître de son œuvre et ses variantes, quelle en est la dimension mythologique, quelle en est l'importance réelle ? (on pourra décliner les figures du "démiurge", qui veut maîtriser l’ensemble du processus de création, de "l’homme-à-tout-faire", qui s’implique dans toutes les étapes, de l’écriture à l’exploitation, ou encore du "transfrontalier", qui passe du rôle de producteur à celui de cinéaste et inversement…)

4. Comment s'organise la collaboration entre les différents acteurs du processus de création intellectuelle du film (auteur littéraire d’une œuvre adaptée et scénariste, scénariste et réalisateur, réalisateur et producteur) ? Qui conçoit le film, par exemple dans le cas des films adaptés de l’œuvre de Pagnol ? Qu’est-ce qu’un producteur exécutif et quel est son rôle dans la création cinématographique ?

5. Dans le même ordre d'idées, l'exhumation d'un travail de collaboration, la participation de différents acteurs à la phase matérielle de création du film participe d'une histoire sociale du cinéma. Comment s'organise cette collaboration entre le réalisateur et les techniciens du film, en particulier le chef opérateur ?

6. Peut-on, dans le cas de l'inscription du réalisateur dans un processus collectif, opposer le cinéma d'industrie au cinéma d'auteur ? Peut-on parler d'un cinéma d'atelier contre un cinéma d'auteur ? (cas du système des studios hollywoodiens, cas du cinéma soviétique de l’entre-deux-guerres, cas des collectifs militants des années 1960-70…)

7. Quel est, par la suite, le rôle des différentes instances de réception du film et la manière dont elles influent sur la création cinématographique ? (la censure, le distributeur, la critique, le(s) public(s)…)

Dates: du 6 au 8 décembre 2007

Lieu: Institut national d’histoire de l’art, Galerie Colbert
Salle Vasari, 1er étage
Accès par le 2, rue Vivenne
ou par le 6, rue des Petits-Champs
75002 Paris

Organisation scientifique : Christophe Gauthier et Dimitri Vezyroglou

Contact :Zinaîda Schnell
01 47 03 84 44
zinaida.schnell@univ-paris1.fr


Thèmes des conférences:

  • Jonathan Broda (Paris III) : Qu’est-ce qu’un auteur imaginaire ?
  • Magdalena Mazaraki (Paris I) : L’opérateur de cinématographe : premier auteur de cinéma ?
  • Thérèse Armengol (Perpignan) : La notion jurisprudentielle de droit d’auteur(s) en cinéma. La genèse : 1904-1957
  • Alain Carou (Bibliothèque nationale de France) : Les usages de l’idée d’auteur et les vicissitudes de l’industrie cinématographique (France, 1908-1927)
  • Pascal Manuel Heu (Paris I) : L’auteur de cinéma selon Emile Vuillermoz : désignation et promotion – évolution de la réception – panthéonisation ?
  • Fabio Andreazza (Padoue) : L’imposition de la « personnalité unique ». Idéalistes et anti-idéalistes dans le débat italien sur l’auteur dans l’entre-deux-guerres.
  • Eusebio Ciccotti (Foggia) : Le concept d’auteur selon B. Balász, K. Irzykowski, K. Teige et I. Hevesy
  • Noël Herpe (Caen) : Profils perdus de l’auteur chez René Clair
  • Hervé Joubert-Laurencin (Paris VII) : Bazin contre la politique des auteurs. Pour contribuer à une archéologie de l’anti-bazinisme des Cahiers du cinéma
  • Nolwenn Le Minez (Metz) : Rôles et enjeux d’une politique auteuriste dans la réception du cinéma asiatique en France
  • Nicolas Planchard (Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) : Médiatisation française d’Andreï Tarkovski (1962-1986)
  • François Albera (Lausanne) : Claude Autant-Lara, portrait en auteur contrarié
  • Olivier Dumoulin (IEP Lille II) : La marque de Flaherty : la naissance du documentaire comme film d’auteur
  • Delphine Lemonnier (Paris VIII) : Alfred Hitchcock : une grande figure d’auteur
  • Jean-Pierre Esquenazi (Lyon III) : Auteur et genre
  • Janet Bergstrom (University of California Los Angeles) : The Sternberg Paradox: From The Salvation Hunters to Underworld, Sternberg's Ambivalent Pathway to Recognition by the Hollywood Studios
  • Pierre-Olivier Toulza (Paris III) : Le rôle du genre dans la fabrique d’un auteur américain : le cas Douglas Sirk
  • Jean-Marc Leveratto et Fabrice Montebello (Metz) : Mr Dupont Goes to Washington : les auteurs français aux Etats-Unis, un cas d’étude pratique
  • Katalin Por (Paris I) : La mobilisation de la notion d’auteur dans les rapports d’Hollywood à ses sources : l’exemple du théâtre populaire hongrois
  • Esther Castagné (Paris III) : Le néo-réalisme italien : un cinéma d’auteur ?
  • Irina Tcherneva (ENS Lyon) : Quelques éléments de compréhension de la figure de l’auteur dans le cinéma soviétique du « dégel » (1953-1968)
  • Jean A. Gili (Paris I) : La Duchesse de Langeais et la question de l’auteur
  • Mireille Brangé (Vérone) : Des écrivains qui se voulaient auteurs : les cas de Pirandello et d’Artaud
  • Priska Morrissey (Rennes II) : Le statut de l’opérateur de prises de vues en France. De l’héritage du droit de la photographie aux débats d’IMAGO
  • Luca Giuliani (Cineteca del Friuli - Trieste) : Strange case of Monsieur Aldò and Aldo Graziati. The Beginnings of Modern Photography in the Cinema
  • Myriam Juan (Paris I) : Les stars face aux auteurs (milieu des années vingt-milieu des années trente). Y a-t-il une « politique des acteurs » ?
  • Christophe Damour (Paris I) : De « l’acteur-instrument » à la « politique des acteurs » : quelques pistes de réflexion sur les conceptions de l’acteur comme auteur dans le cinéma américain
  • Paola Palma (Vérone) : Mastroianni, l’acteur-auteur ?
  • Anne Kerlan-Stephens (CNRS) : Confucius à Hollywood : la notion d’auteur dans le système de production chinois des années trente
  • Christian Viviani (Paris I) : Hollywood à l’âge classique, l’auteur en trois personnes : le producteur, le scénariste et le réalisateur
  • Ania Szczepanska (ENS Lyon, Paris III) : Un cinéma d’auteur dans le bloc communiste : le cas polonais
  • Nathalie Nezick (Paris III) : La petite fabrique de l’auteur : Aki Kaurismäki l’artisan cinéphile
  • François Garçon (Paris I) : Le droit d’auteur français appliqué au cinéma : spoliation et abus de bien social
  • Olivier Vaslet (ESAV Toulouse) : Autorité et déclin des groupes d’intérêt de cinéastes français (1957-2007)
  • Christophe Trébuil (Paris I) : Figure(s) d’autorité, ou la notion d’auteur au cinéma à l’épreuve de la sérialité
  • Béatrice de Pastre (Archives françaises du Film-CNC) : Le documentaire français de l’entre-deux-guerres : une production en quête d’auteurs
  • François Lecointe (EHESS) : Y a-t-il un auteur dans le groupe ? La question de l’auteur et le groupe des Trente
  • Isabelle Marinone (Paris III) : Les cinéastes libertaires face à leurs œuvres : la question de l’auteur dans la création militante
  • David Faroult (Marne-la-Vallée) : Contre la « mystique merdique de l’auteur ». Le « groupe » Dziga Vertov dans la reconstruction révolutionnaire de la notion d’auteur
  • Michèle Garneau (Montréal) Eloge et autorité de la technique chez Pierre Perrault
  • Claire Châtelet (ESAV Toulouse) : Dogme 95 : le refus de la notion d’auteur


 

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